L’honneur de la France réside dans un mois de mai riche en jours fériés. Notre pays peut s’enorgueillir d’avoir un calendrier propice aux week-ends longs et aux lectures printanières. Lisez et allez au musée !


Quand tout se dérègle, le climat et la gouvernance, la possibilité non pas d’une île mais de vacances anticipées permet à notre nation de ne pas sombrer dans la neurasthénie. Sans ces jours fériés, soupapes de sécurité vitales et admirables inventions républicaines, la France ressemblerait à ces contrées sauvages où la « valeur travail » est gravée dans les constitutions et où la semaine de 70 heures ranime la libido en berne d’un patronat inquiet par tant de laxisme. Fort heureusement, malgré la scoumoune de ces derniers mois, depuis décembre rien ne va plus, impaires et impasses, nous sommes assez lucides pour croire aux vertus du farniente et du barbecue. Préservons les grillades et le rosé bien frappé à l’heure du déjeuner est encore le meilleur moyen de garantir la paix sociale. Vous pouvez toucher à l’essence, à la CSG et à la TVA, mais ne vous avisez surtout pas de taxer le charbon de bois. Il y a des libertés inaliénables et des principes intangibles, notre dignité est à ce prix-là. Vous enlevez la féerie des chipolatas et des merguez à nos concitoyens ; la révolution frappera à notre porte assurément. C’est aussi le moment de s’offrir des livres qui ne parleront ni des élections européennes, ni des ronds-points et d’éteindre les chaînes d’info dont la rengaine donne la nausée. Ah si la vie pouvait se résumer à une bouteille fraîche de Pouilly, un transat et quelques bouquins, notre moral remonterait en flèche. Voici donc une sélection pour conjurer le mauvais sort :

Pour les tout-petits : Capucine la coquineMireille l’abeille, Léon le bourdon ou l’émouvant Victor le castor, les drôles de petites bêtes inventées par l’illustrateur Antoon Krings sont à lire (délicieusement régressifs) et à voir au Musée des Arts Décoratifs dans une exposition jusqu’au 8 septembre. Collection Gallimard Jeunesse Giboulées.

Pour les Miss Marple sous Tranxène : Cassandra Darke de la dessinatrice star du Guardian depuis 1977, sa Majesté Posy Simmonds, célèbre pour Gemma Bovery et Tamara Drewe. Déjà un best-seller en Angleterre. Quand une mémé plus amère qu’un Pim’s décide de jouer les justicières. Denoël Graphic.

Pour une mystique gréco-sicilienne :Temples grecs, Maisons des dieux d’André Suarès (1868-1948), pensées profondes et enflammées des sites hellènes siciliens (Agrigente, Ségeste, Sélinonte et Paestum), un livre publié la première fois en 1937 qui chante la magie de la colonne et de la lumière de vie. L’Éveilleur Voyage.

Pour les accros à la Sérénissime : L’Altana ou la vie vénitienne d’Henri de Régnier (1864-1936), une édition établie par Patrick Besnier. Allégorie de la Cité des Doges suite à plusieurs voyages entrepris par le poète entre 1899 et 1924, soutenue par une langue coruscante et dépaysante. Omnia Poche Bartillat.

Pour les noctambules du cinéma de minuit : L’assassinat d’Orson Welles de Jean-Pierre de Lucovich. Polar clair-obscur se déroulant en plein Festival de Cannes (1949) par un maître du suspense old-school. Nostalgique et très documenté. Les Happy-few sont à la fête. Édition du Rocher.

Pour les aficionados de Francisco : Visions de Goya – L’éclat dans le désastre de Stéphane Lambert, réflexions sur l’œuvre noire de l’espagnol visionnaire avec un sens rarement atteint du style et de la profondeur. Quand un écrivain sait écrire sur la peinture. Arléa.

Pour les prisonniers de la boîte de jazz : My Heart Belongs to Oscar de Romain Villet. Improvisations diablement originales, un sens du swing inné et de la narration libre. Une déclaration érudite d’amour à Oscar Peterson qui sonne juste. Le Dilettante.

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