Oradour-sur-Glane était un petit village du Limousin apprécié pour le charme de ses paysages et sa rivière poissonneuse. Les habitants de la ville toute proche de Limoges, reliée au village par un tramway, aiment s’y rendre le dimanche pour s’y détendre par les beaux jours d’été. Et soudain…

Le samedi 10 juin 1944, à 15 heures : Une colonne allemande pénètre dans le village et ordonne aux habitants de se réunir sur la place principale (le « Champ de Foire”), officiellement pour un « simple contrôle d’identité”. Il s’agit d’une unité de SS appartenant à la 2ème Division Panzer « Das Reich”. Ne se méfiant de rien, la population obéit dans le calme. Parallèlement, des soldats et chenillettes encerclent et investissent le bourg où ils regroupent également tous les paysans du voisinage.

15 heures 30: Les hommes du village sont répartis en trois groupes, emmenés vers des granges où il sont massés. Surpris, mais pas plus inquiétés (après tout, ils n’ont rien à se reprocher), ceux-ci obéissent, bien qu’intrigués par la présence de mitrailleuses pointées sur eux. Dehors règne la canicule. À l’intérieur, la chaleur est suffocante…

16 heures: Sur le signal d’une explosion entendue à l’extérieur, les mitrailleuses se mettent soudain à cracher leur feu. C’est un massacre,  dans un vacarme assourdissant et une odeur de poudre. Les hommes tombent les uns sur les autres dans des cris de douleur, transformant les granges en enfer. Le massacre terminé, les SS couvrent les corps – certains encore en vie – de paille et y mettent le feu.

17 heures: Les soldats investissent les trois écoles du village et font rassembler tous les enfants sur la place aux côtés des femmes, dont certaines tiennent des bébés dans leurs bras. De là, ils les entraînent vers l’église où ils les entassent et enferment. Débute alors un second carnage: tirs aveugles sans distinction dans la masse depuis les issues, suivis d’une mise à feu de l’église.

19 heures 30: Opération terminée: le bourg est en flammes, nulle trace de vie. Détail morbide: allongés derrière leurs mitrailleuses, les soldats ne se donnèrent même pas la peine de viser le haut des corps, de sorte que, atteints aux jambes, la plupart des victimes périrent dans des souffrances horribles, brûlés vifs.

Bilan : 642 morts, 5 survivants

Ces faits sont fournis par le témoignage de deux rescapés: Robert Hébras (qui avait alors 19 ans) et Madame Rouffanche. Parmi les décombres brûlées, on a retrouvé le lendemain une grande quantité de bouteilles vidées, les tortionnaires (dont l’un des chefs, le sadique commandant Dickmann, était réputé alcoolique) ayant « fêté” l’événement par une beuverie.

Le général Lammerding commandant la division avait fait procéder la veille dans la région (Tulle) à 99 pendaisons. Détail affligeant: parmi les soldats figuraient des Alsaciens, enrôlés de force en 1940.

Pourquoi ce massacre? Aucune explication précise n’en fut donnée par les bourreaux. Mais l’on sait qu’un groupe de maquisards avait capturé la veille un capitaine allemand qui fut exécuté. Par ailleurs, pour ralentir l’avance des Allemands vers le front des troupes alliées récemment débarquées, des résistants avaient fait sauter un pont, entraînant la mort de deux soldats allemands.

Cette action ne fut pas isolée: deux mois plus tard, le jour même de la Libération de Paris  (le 25 août), étaient incendiés les bourgs de Maillé (Indre-et-Loire) et Planchez (Morvan).

Une explication, si tant est que ce terme puisse être appliqué… : ces unités de SS arrivaient tout droit du front Est (Russie, Ukraine) où de telles pratiques étaient courantes.

Un drame qui se passe de tout commentaire. Contentons-nous d’honorer en silence la mémoire de ces innocentes victimes.

 

N.B : D’après le témoignage fourni par Robert Hébras (« Oradour-sur-Glane, le drame heure par heure” Les Productions du Pertuis).

 

*Photo : wikicommons.

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Pierre Waline
Diplômé des Langues'O (russe, hongrois, polonais). Il vit a spécialiste de l'Europe centrale et orientale.
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