Voici l’événement dont nous avons été témoins, mon mari et moi, à 15h30 Place Saint-Michel à Paris, alors que nous nous dirigions vers l’arrêt du 96 afin de nous rendre dans le Marais.

À la sortie du Quai des Grands-Augustins, notre regard a été attiré par une manifestation, au centre de la place, en face de la Fontaine Saint-Michel. Des panneaux sommaires mentionnaient « Musulmans Citoyens », nous nous sommes approchés avec bienveillance. Un homme avec un porte-voix haranguait la foule. La première chose que j’ai entendue concernait le nombre de kilos de bombes qui avaient été lancées sur Gaza. La suite dépasse l’imagination. Les Israéliens étaient des nazis, responsables de pire que la Shoah, l’orateur vociférait des appels à la haine antisémite digne des plus noires archives de la seconde guerre mondiale, et sur le même ton. Une pancarte que nous n’avions pas vue au premier abord proclamait que les musulmans étaient sous la menace d’une « solution finale ». Il ne s’agissait pas d’une critique de la politique extérieure d’Israël, mais d’un appel à la haine, public, au porte voix, au centre de Paris, en plein après-midi, sous les yeux des forces de l’ordre effarées. Interloqués, mon mari et moi, (respectivement 76 et 69 ans) avons apostrophé « l’orateur » d’un même élan en nous approchant de lui, mon mari lui a lancé que ses propos étaient intolérables, des jeunes gens sont alors sortis de l’assistance et se sont approchés de nous de façon très menaçante. J’ai demandé à l’un d’eux, qui était sur le point de porter atteinte à mon mari, si on ne lui avait pas appris à respecter un homme âgé. Cela allait manifestement s’aggraver. Sont alors apparues des forces de police, plusieurs en civil, les autres en uniforme, qui se sont portées à notre secours en nous montrant discrètement leur insigne, ont cherché à nous apaiser et nous ont accompagnés en nous protégeant à l’autre extrémité de la place, au bord du Boulevard Saint-Michel. Je leur ai demandé si une telle manifestation était autorisée et ils m’ont répondu que oui, elle l’était. De l’autre côté du Boulevard Saint-Michel se trouvaient deux CRS. J’ai posé la même question à l’un d’eux en m’enquérant de savoir comment il était possible qu’elle le soit. Manifestement consterné, il est sorti de son devoir de réserve, merci à son courage, et m’a répondu avec tristesse : « C’est ça la France ».

J’ai ensuite parlé avec un passant, stupéfait et très éprouvé, qui m’a dit que la manifestation avait dû obtenir son autorisation auprès d’un fonctionnaire sous le couvert de son intitulé convenable, « Musulmans Citoyens », laissant la surprise de son contenu, qui lui ne l’était pas, mais alors pas du tout, se déverser au centre de Paris un samedi après-midi, en présence des représentants de l’Etat, qui lui donnaient sa légitimité.
Je croyais qu’en France l’appel à la haine était une infraction punie par la loi. J’ai découvert qu’il peut se faire en toute impunité sur la place publique, avec la protection des forces de l’ordre et l’autorisation de la République.

Il y a nécessairement d’autres témoins de cette scène, et les forces de l’ordre peuvent aussi confirmer ce dont je viens de témoigner. Je n’ai identifié aucun journaliste. Mon mari a eu un malaise dans l’après-midi. Aux informations du soir, un reportage sur je ne sais quoi concernant Napoléon, pas le moindre écho au fait que la haine hideuse peut se hurler en plein Paris sous le regard désolé des forces de l’ordre.

[Mise à jour 18h54 : L’appel à manifester lancé par le Collectif Cheikh Yassine]

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