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“Musée animal”, roman de l’abîme déroutant

"Musée animal" de Carlos Fonseca (Éd. Christian Bourgois)

“Musée animal”,  roman de l’abîme déroutant
L'écrivain Carlos Fonseca. Image: capture d'écran YouTube.

L’écrivain Carlos Fonseca, qui nous vient du Costa Rica et est salué par Enrique Vila-Matas, mérite d’être découvert.


« Avec Musée animal, Carlos Fonseca, écrivain des archives, des masques et des ruines c’est-à-dire un écrivain capable de créer de nouvelles façons de penser, un explorateur ingénieux et obstiné de l’abîme s’est imposé comme l’un de mes préférés. » En quelques mots, et avec le talent de critique qu’on lui connaît, Vila-Matas aura attisé ma curiosité.

Carlos Fonseca est un jeune auteur, né en 1987 au Costa Rica. L’histoire de Musée animal se passe, du moins au départ, dans les milieux branchés de la mode et de l’art. Le narrateur, dont nous ne saurons pas grand-chose, est un conservateur de musée du New Jersey qui, dans une longue nuit d’insomnie, se rappelle la relation qu’il a eue, sept ans plus tôt, avec une mystérieuse styliste, Giovanna Luxembourg. Petit à petit, grâce à des documents qu’elle lui a fait parvenir, juste avant de mourir, il reconstitue la vie hors du commun de cette femme, en commençant par celles de ses parents, le père photographe de mode d’origine israélienne, et la mère top model internationale, aux identités multiples.

Il faut parler ici du style de Carlos Fonseca. Musée animal est une œuvre qui rappelle souvent de grands auteurs comme Joyce, Jerzy Kosinski, ou encore Lovecraft. Les références abondent. On y retrouve les thèmes de la solitude, de l’insomnie, de la disparition dans l’anonymat, avec des digressions fréquentes et étonnantes qui dénotent chez l’auteur le goût du détail et des histoires alambiquées. Les êtres humains sont décrits comme s’ils étaient observés par un entomologiste plein d’impassibilité. 

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Ce roman est entre autres une réflexion sur l’art moderne, à travers en particulier un procès, relaté dans la troisième partie, qui reprend la trame d’histoires connues, comme celle du sculpteur Brancusi avec la douane de New York dans les années 1920. Mais c’est en outre une réflexion sur l’écriture elle-même, comme chez Borges ou Georges Perec. Un personnage prononce ainsi, de manière significative, l’axiome suivant : « Le geste artistique contemporain n’était donc pas d’écrire davantage de textes mais d’apprendre à composer avec la monumentale quantité de ceux qui existaient déjà. »

Fin des temps et superficialité

Musée animal développe une atmosphère de fin du monde, d’apocalypse. C’est un roman pessimiste, hanté par la mort et la superficialité de la société. Le désœuvrement y est roi. « Nous attendions la fin des temps, dit un protagoniste, et nous n’eûmes droit qu’à la gueule de bois d’une bacchanale superflue. » Carlos Fonseca aime, à travers la personnalité de son directeur de musée, faire la rétrospective de ce qu’a été jadis notre culture, en récapitulant par exemple, à plusieurs reprises, la liste des grands auteurs de la littérature, connus ou, surtout, inconnus. Les grands peintres aussi, comme Hopper qui inspire beaucoup le narrateur.

Un roman de l’abîme

La place du narrateur, à ce propos, est assez étrange, dans Musée animal. On a affaire, de fait, à un narrateur assez transparent mais omniscient, concentrant vers lui toute l’action, même la plus éloignée de son champ d’action, et devenant par ailleurs l’interprète de tous les personnages. Tout ceci donne au roman une sorte d’équilibre éclaté et assez fascinant. Une impression de malaise en découle, et, parfois, de folie. Certains passages, qui mêlent adroitement plusieurs niveaux, m’ont ainsi fait penser, brièvement, à Vente à la criée du lot 49 de Thomas Pynchon (1965) ‒ mais sans néanmoins y retrouver, dois-je préciser, tout l’humour déjanté de ce petit chef-d’œuvre du postmoderne. 

Pour apprécier Musée animal, il faut ressentir la tristesse et l’ennui du monde, et nourrir, en conséquence, une nostalgie infinie pour les époques révolues. Carlos Fonseca a écrit certes un roman d’aujourd’hui, mais en insistant d’un bout à l’autre sur une dimension de perte et de disparition irréversibles. Bref, un roman de l’« abîme », comme l’a très bien vu Vila-Matas. 

Carlos Fonseca, Musée animal. Traduit de l’espagnol (Costa-Rica) par André Gabastou. Éd. Christian Bourgois.

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Jacques-Emile Miriel, critique littéraire, a collaboré au Magazine littéraire et au Dictionnaire des Auteurs et des Oeuvres des éditions Robert Laffont dans la collection "Bouquins".

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