Marseille est une ville curieuse où les voyous volent les parkings publics, et où le ciel tombe sur la tête des préfets. C’est pour cette raison, plus l’accent et le sourire des marseillaises, que Marcel Pagnol a fait le choix de naître tout près de cette ville. Dernière turpitude en date : le préavis de grève comique qu’a déposé le syndicat CGT de la Régie des Transports Marseillais (RTM), qui se plaint de la nouvelle tenue de travail imposée aux salariés. La CGT – en pointe sur les combats syndicaux de premiers plan – dénonce tout particulièrement « la coupe, la couleur et la qualité » du pantalon. Bernard Gargiolo, secrétaire général du syndicat, tempête dans le quotidien La Provence : « On refuse le bas de cette tenue dont la couleur s’apparente à celle de la gendarmerie nationale ». Alain Requana de FO (qui ne s’est pas associé au préavis de grève) souligne pour sa part : « On ressemble à des techniciens de l’EDF, y’a pas de place dans ces pantalons… » La CFDT (majoritaire à la RTM, qui ne s’est pas associée non plus au mouvement) met tout le monde d’accord… cette nouvelle tenue ne fait pas seulement songer aux uniformes des gendarmes et électriciens de France, mais constitue un authentique costume de clown. «Il y a du mécontentement des chauffeurs par rapport à ces pantalons. On ressemble à des clowns avec ! Du coup on va continuer à mettre les anciens pantalons avec les nouvelles chemises couleur parme » déclare Patrick Ripoll dans La Provence. La révolte gronde dans la cité phocéenne…

Dans le contexte de la crise actuelle, cette historiette est tout à la fois pathétique et rafraîchissante. Pathétique, tant l’enjeu colossal peut faire sourire; rafraîchissante car il se confirme que Marseille est une inépuisable source de bouffonnerie. On se souvient, il y a quelques mois, de la polémique autour de la pratique du « fini/parti » qui a permis pendant des décennies aux éboueurs de la ville de rentrer chez eux une fois que leur tournée de ramassage d’ordures était terminée, au mépris des horaires de travail. Quand un élu a tenté de mettre fin à cette pratique, il a essuyé une soufflante de mistral syndical qui fit rire la France entière. Marseille n’est pas une ville, c’est un poème…
Cette pantalonnade n’est pas sans faire songer aux émeutes qui embrasèrent la rade de Toulon peu avant la Révolution Française. Les matelots, mécontents du nouvel uniforme officiel qu’on leur destinait, alimentèrent un mouvement de gronde qui aboutit à la violence. La rade de Toulon s’embrasa littéralement, et de nombreux navires furent dévorés par les flammes. À la Régie des Transports de Marseille, nous n’en sommes pas là, mais il ne faut pas négliger ce type de mouvements d’humeur. Si nous n’y prenons pas garde, nous pourrions voir le port de Marseille bouché non pas par une sardine géante, mais par des pantalons. Ce serait difficile à expliquer à la presse étrangère…

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