Allons-y pour Jean-Marc, moi, ça me met à l’aise. Et comme vous ne lirez pas ce billet, je ne vais pas rester coincé, tout seul. Bref, Jean-Marc, vous avez choisi d’officialiser aujourd’hui la date de la présentation du projet de loi sur le mariage et l’adoption homosexuels en Conseil des ministres. Pour ceux qui l’ignoraient encore, ce sera donc le 31 octobre 2012. Et pour faire bonne mesure, vous avez déjà annoncé que vous iriez encore une marche plus loin, vers l’ouverture de la procréation médicalement assistée aux couples de lesbiennes.

Vous avez montré sans ambiguïté qui a votre oreille. Vous entérinez les revendications des groupes LGBT (selon la dénomination convenue) aux dépens de toutes les réserves exprimées jusqu’à ce jour par des philosophes, des pédiatres, des psychologues, des psychiatres ainsi que par l’ensemble des représentants des religions en France.
Vous avez montré le peu de cas que vous accordiez aux positions des évêques (en dernier lieu, pour ne citer qu’eux, l’ensemble des évêques de l’Ouest et ceux de Normandie). Et avec quel dédain vous traitez le Président de la Conférence des Évêques de France, Monseigneur Vingt-Trois, qui vous a rencontré à sa demande le 5 octobre dernier ! A ses préoccupations, vous répondez par l’ouverture de la PMA…
La porte-parole de votre gouvernement a déjà annoncé qu’elle serait présente pour le premier mariage homosexuel à Montpellier, tenant pour rien les oppositions légitimes et le débat parlementaire, ravalé au rang de formalité.
Votre mépris n’est pas seulement blessant – on fera avec – c’est une faute. Vous prenez le risque de la radicalisation de l’opposition, et vous l’aurez.

Non, le débat n’a pas été tranché par l’élection présidentielle. Cet argument est une farce. Les Français ne comptent plus les promesses que vous avez déjà eu le temps de renier. Votre entêtement à faire valoir celle-ci trahit l’opportunisme politique, surtout quand on fustige par ailleurs votre incapacité à vous imposer. Mais sur celle-là, c’est si bon… Capitaine au petit pied, va.
Non, les Français ne sont pas majoritairement favorables à « cette évolution majeure de notre code civil » (selon vos propres termes), même si c’est plus facile de le croire lorsque les informations sont occultées.

L’AFP peut choisir de cacher ce sondage, 66% des Français interrogés sont favorables à un référendum. Et la presse peut l’occulter, 63 % des personnes répondent « qu’il faut que les enfants puissent avoir un père et une mère » contre 34 % qui affirment « qu’il faut que les couples homosexuels puissent adopter des enfants » (source), lorsqu’on les interroge sur le principe qui, selon eux, doit être garanti prioritairement dans le cadre de ce débat de société.
Les sondages seraient relatifs, Jean-Marc ? 1 partout la balle au centre, alors. La vérité, Jean-Marc, c’est que vous présidez à une « évolution majeure de notre code civil » à l’aveugle, par seule idéologie. Vous vous empressez sur ce sujet par incapacité d’agir sur les autres. L’adoption homo, c’est votre identité nationale (le débat en moins). Même diversion, même rideau de fumée.

Vous ignorez tout de la position des Français, à supposer qu’ils ne soient pas comme un Pierre Charon ou une Chantal Jouanno peuvent l’avouer : tétanisés à la seule idée de ne pas être modernes. Seuls les poissons morts nagent avec le courant, Jean-Marc. Et je me sens bien vivant.
Vous et vos partisans invoquez les maltraitances dans les couples hétérosexuels. Comme si la maltraitance ne pouvait arriver dans un couple homosexuel. Comme si l’homosexualité était un remède à l’alcoolisme, la dépression, la violence : même les gays vous contrediront. Comme si l’homosexualité était une garantie de stabilité : en Suède et Norvège, depuis que l’union homosexuelle est admise, une étude fait état d’un risque de divorce « considérablement plus élevée » pour les couples de même sexe (source).

Vous faites un dérisoire marché dans ce qui serait le moins nuisible, dans une alternative fictive et opportuniste, alors que nous cherchons ce qui serait le meilleur pour un enfant à adopter : entre deux couples, l’un homo, l’autre hétéro, dont on ignore l’évolution future, que faut-il choisir ?
Vous et vos partisans invoquez l’adoption par les célibataires. Mais où est la Grande Guerre qui justifiera votre exception ? Car celle-ci n’est qu’une exception historique qui a survécu. Elle est un pis-aller. Est-ce parce qu’un pis-aller existe déjà que vous vous permettrez cette « évolution majeure de notre code civil » ? Puisqu’il en existe un, créons-en un second ? Comme le tweetait justement Tugdual Derville, à les écouter, « trouver un amputé heureux légitimerait qu’on vous coupe un membre ».
Vous, vos ministres, vos partisans, invoquez des études sociologiques. On sait déjà qu’elles prouvent que dalle. Je n’y reviens pas.
Vous, vos partisans, affirmez qu’il faut encadrer le sort des enfants vivant déjà dans des foyers homoparentaux. C’est faux. On peut déjà organiser une délégation d’autorité parentale. Et s’il s’agit de gérer l’héritage, rien n’impose d’en passer par l’ouverture de l’adoption.

La vérité, Jean-Marc, tes partisans, c’est que par votre faute, demain, on pourra priver délibérément un enfant d’une mère ou d’un père. L’enfant de la DDASS ou de l’orphelinat, qui n’a rien demandé, qui ne pourra pas s’exprimer, qui ne peut pas prendre part au débat aujourd’hui, l’arbitraire d’une commission le confiera à un couple d’hommes ou un couple de femmes. Il le vivra bien ? S’il le vit mal, ce sera pareil… Et si votre ministre de la Justice se plie à une « exigence d’égalité » des adultes, elle foule aux pieds l’exigence d’égalité des enfants, auxquels on n’a pas le droit d’imposer les revendications des adultes. Vous ne pensez qu’aux adultes, vous vous félicitez de lutter contre la discrimination, elle tombera sur les sans-voix. Sans-voix, sans vote.
Plus encore, par votre faute, des enfants seront conçus dans l’optique même d’être privés de père. Cessez alors de prendre prétexte des situations existantes, quand vous en créerez de toutes pièces.

Ces enfants iront bien ? C’est votre méthode Coué qu’ils paieront. Est-ce si difficile de prendre exemple de la souffrance des enfants adoptés, d’accouchements sous X, dont on nous dit si souvent comme ils recherchent leurs origines ? Président, Premier Ministre, députés, sénateurs : mais avec quoi vous jouez ?! On me dit que le combat est perdu. Je ne le crois pas. Et je m’en fous. Faut-il d’ailleurs que je rappelle l’exergue de mon blog ? « L’important n’est pas de réussir, ce qui ne dure jamais, mais d’avoir été là, ce qui est ineffaçable » écrivait Jacques Maritain.
Et je suis là, quoi qu’on pense, quoi qu’on dise. Parce que notre mobilisation vous servira au moins d’avertissement. Parce que je me fous bien d’être moderne, tendance, comme il faut. Votre mépris ne fait que raviver ma détermination. Et je ne serai pas seul à résister, aujourd’hui, demain, par écrit, dans la rue, dans 75 villes et à Paris le 23 octobre.

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