Manuel Valls dans 'L'émission politique' (janvier 2017). Sipa. Numéro de reportage : 00787306_000001.

Je sais, cet éditorial prend des airs de courrier du cœur, mais après tout, c’est mon année. En mai, moi la France, je choisirai celui qui aura le privilège de se faire engueuler par ma pomme pendant les cinq prochaines années. Celui ou celle, d’accord, que croyez-vous, j’ai l’esprit large. Seulement, là, je suis paumée. Le mois dernier, je vous ai entretenu de ma liaison passionnée avec Sarko, mais ça, c’est du passé, et Hollande aussi, avec lui ça n’a jamais vraiment collé. Alors bien sûr, pas mal de mes tantes aimeraient me marier avec ce Fillon, si bien élevé, mais vous me connaissez, j’ai horreur qu’on me dicte ma conduite. Et puis, le bal des prétendants ne dure que quelques mois, pendant lesquels tous vont faire assaut d’imagination et de gracieuseté pour me séduire, alors autant en profiter.

Puisqu’on en est aux choses intimes, je dois vous faire part de mes doutes, voire de ma déception, au sujet de l’un d’eux, ce petit Valls. Je ne vous le cache pas, il me plaisait bien, le Manu, en dépit ou peut-être à cause de son genre un peu brute avec un zeste de dinguerie – j’ai une copine, dont je tairai le nom car elle pourrait avoir à retravailler avec lui, qui l’a surnommé « Colibri courroucé » après avoir été témoin de ses poussées colériques. N’empêche, quand il célébrait la République avec les accents de son modèle, Clemenceau, je me sentais protégée contre les barbus qui rôdaient. Valls, c’était la gauche de l’autorité et de la laïcité, celle que les autres accusaient d’être réac. Ça me rassurait, il n’allait pas passer son temps, comme pas mal de ses copains, à casser tous les vieux trucs que j’aime. Alors, quand Le Point a publié sa photo en une avec comme titre « La gauche Finkielkraut », j’avais envie d’y croire. Je n’en suis pas très fière, mais le fait qu’il agaçait terriblement toute sa famille, où il y a pas mal de dindons prétentieux, me le rendait encore plus sympathique. Il y a eu un moment où c’était un jeu de massacre, chaque semaine il leur rentrait dedans, un coup sur les trente-cinq heures, un coup sur le regroupement familial. Un jour, il leur a même balancé, au cours d’une réunion, qu’ils allaient mourir s’ils continuaient comme ça. À chaque fois, c’était le même charivari : il n’est pas de gauche ! Il a trahi la gauche ! Et moi, entendant ça, j’avais terriblement envie de le prendre dans mes bras. Logique, puisque, depuis que j’affirme mon intention de persévérer dans mon être, on prétend que je me droitise.