Jean Messiha répond à un jeune musulman gêné quand on parle d’incompatibilité entre l’islam et la République.


J’ai décidé aujourd’hui de répondre publiquement à une lettre extrêmement touchante que m’a adressé un Français de confession musulmane né en France et qui se dit pleinement Français, laïque, patriote et attaché à l’histoire et à la culture françaises. Son engagement dans un des corps de réserve de nos armées témoigne incontestablement de ce patriotisme. 

Ramy – c’est son prénom – commence par m’avouer sa gêne quand je parle de l’incompatibilité entre l’islam et la République. Il évoque son inquiétude devant l’amalgame entre islam et islamisme et son angoisse à l’idée que puisse advenir une ère où les musulmans seraient traités comme les Juifs le furent durant les heures sombres. Il ne veut pas d’un clivage « eux » contre « nous », « eux » étant les musulmans catalogués « ennemis de l’intérieur » et « nous » entendez les Français du peuple historique et assimilés. Il argue que de nombreux immigrés issus du Maghreb et d’Afrique se fondent parfaitement dans le creuset national.       

Il reconnaît aussi, et je le cite, « que nous avons un problème avec une partie de notre population, qui sont les Maghrébins et les Noirs » et que « ce problème est culturel et nullement religieux ». Ce sont ses mots. Il pense que « cela résulte du recul de nos valeurs, par cette gauche putride qui pendant des décennies, a détruit les symboles que réunissait tous les Français, au profit du communautarisme. » 

Il souhaite une règlementation de l’islam en France, comme l’a fait Napoléon avec les Juifs, et l’instauration d’un islam de France qui respecte les valeurs de la République, et ne veut pas de ce qu’il appelle « l’intervention de ces bédouins du Moyen-Orient qui se veulent le porte-parole de l’islam en France ».

Cher Ramy je veux vous répondre point par point.

Vous faites partie de toute cette frange de l’immigration arabo-afro-musulmane qui est devenue pleinement française et qui a, en effet, enrichit notre pays. Cela est incontestable et indiscutable. Mais cette frange de l’immigration ne saurait être l’arbre qui cache la forêt. Ici comme ailleurs, il faut éviter les amalgames. L’immigration « richesse » ne saurait représenter à elle seule toute l’immigration en France. La vérité est cruelle : une grande partie de l’immigration arabo-afro-musulmane ne nous « enrichit » pas, bien au contraire. Et nous le constatons tous les jours. 

Affirmer qu’il n’existe aucun lien entre l’immigration, l’islamisation, la radicalisation et le terrorisme relève d’une inquiétante cécité ou de la pure bêtise

S’agissant du lien entre immigration, islam et islam radical, j’ai eu maintes fois l’occasion d’expliquer ma position, basée sur une analyse factuelle. L’immigration massive de ce dernier demi-siècle, et en particulier depuis le tournant des années 80, est principalement musulmane. On sait qu’au sein de toute population musulmane il existe un pourcentage de moins en moins négligeable d’adeptes de l’islam radical et, au sein de ces derniers, d’une minorité prête à passer à l’acte terroriste. Il n’est évidemment pas question de dire que tous les musulmans sont des radicaux ni que tous les radicaux sont des terroristes. Il n’y a pas un périmètre défini où pourraient se loger de manière entière et symétrique l’islam, l’islamisme et le terrorisme. En clair, on ne peut ni dire ni écrire « islam = islamisme = terrorisme ». 

Mais il y a bien un continuum, un lien causal entre les trois, résumé par la formule désormais consacrée : « tous les musulmans ne sont bien évidemment pas des terroristes, mais en France tous les terroristes sont des musulmans ». Affirmer, comme le font les « progressistes » et autres gauchistes, qu’il n’existe absolument aucun lien entre l’immigration, l’islamisation, la radicalisation et le terrorisme relève d’une inquiétante cécité quand ce n’est pas de la pure bêtise.

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Le risque de la séparation et de l’hostilité mutuelle que vous pointez du doigt dans votre lettre, cher Ramy, existe bel et bien. Le cas échéant, elles seraient terribles pour les femmes et les hommes comme vous et moi venus d’ailleurs et devenus d’ici. Ils seraient piégés entre d’une part ceux qui leur ressemblent extérieurement mais sont les adversaires de la République française et d’autre part, un peuple historique qui « en a marre de ces immigrés », tous pour l’occasion mis dans le même sac.

Le risque d’un face-à-face, pour reprendre les termes de l’ancien ministre de l’Intérieur Gérard Collomb, n’a rien d’inévitable et il faut tout faire pour l’éviter. Il existe un moyen d’exorciser un tel scénario qui est aujourd’hui clairement du domaine du possible et peut-être même du probable.   

Gérard Collomb lors de son départ du ministère de l'Intérieur, 3 octobre 2018. ©STEPHANE DE SAKUTIN / AFP
Gérard Collomb lors de son départ du ministère de l’Intérieur, 3 octobre 2018. ©STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

Avant d’y arriver, dressons d’abord un diagnostic équilibré. La République française a été fondée par un peuple et sur sa civilisation. Le peuple était celui qui vivait sur cette terre depuis toujours. Il était européen et le reste encore majoritairement mais de moins en moins. Sa civilisation était un savant mélange de christianisme, de judaïsme et d’agnosticisme voire d’athéisme. L’islam n’a pas plus participé à la fondation de la nation française qu’à la création de sa République. Et il est plus que probable qu’une France musulmane ne serait jamais devenue la République laïque qu’elle est depuis 1905. L’islamisation est récente et a été rapide à l’échelle de notre histoire. Elle ne résulte pas de la conversion massive du peuple historique à l’islam, mais bien de l’immigration. 

Il existe d’ailleurs déjà une forme d’islam de France : c’est celui des gens comme vous. Comme la quasi-totalité des Français « de souche » votre foi est discrète et je n’imagine pas votre compagne voilée pour témoigner de sa soumission à Allah ou pour afficher sa « pudeur ». 

Hélas, vous n’êtes pas majoritaire et vous le savez. La majorité de l’islam en France est d’inspiration wahhabite et parfois salafiste, dominé par la pensée néfaste des Frères musulmans. Cet islam est d’ailleurs davantage incompatible avec la société française qu’il ne l’est avec la République du même nom. 

Face à cette dérive qui transforme chaque jour le visage identitaire de notre pays, il y a effectivement des remèdes.

La réglementation de la religion du Prophète ne me parait pas une bonne solution car l’Etat laïc n’a pas à s’ingérer dans l’organisation d’une foi religieuse quelle qu’elle soit. Il ne peut ni ne doit exiger des musulmans davantage que ce qu’il exige des autres croyances dans notre pays. En revanche, il faut fermement et vertement opposer à l’impérialisme salafo-wahhabite une laïcité de combat qui ne passe rien et ne cède sur rien. 

D’aucuns affirment que le « séparatisme » islamique et indigéniste, qui est en fait  un colonialisme ethno-identitaire, a d’importantes causes sociales telles que la « ghettoïsation » et le chômage. C’est sans doute en partie vrai. Ce que je conteste dans cette analyse est le doigt accusateur pointé vers la France. Il faut le dire et le répéter de la manière la plus catégorique et solennelle qui soit : non la France n’a jamais « parqué » personne dans des quartiers réservés ; non la France n’a pas provoqué un chômage élevé chez les immigrés arabo-afro-musulmans.

Il y a une invraisemblable aporie consistant à s’acharner à franciser l’islam en France tout en s’acharnant à défranciser la France

Ces immigrés se sont installés là où leurs faibles revenus leur permettaient de se loger et leur taux de chômage élevé résulte très majoritairement d’un niveau d’études en moyenne inférieur à celui de la population d’origine européenne et asiatique. Bien sûr, comme dans toute situation socio-économique les causes sont complexes. 

Mais le succès de l’intégration des communautés chrétiennes d’Orient, indochinoises et chinoises ainsi que d’une partie des autres immigrations extra-européennes montre qu’il n’y a pas d’obstacles structurels posés par les « Blancs » à l’égard des « non-Blancs ». Vous et moi, mon cher Ramy, en sommes des preuves d’autant plus emblématiques que nous ne sommes pas les seuls, très loin de là !    

Le retour à la croissance et au plein emploi peut être un facteur majeur d’intégration pour tous ceux qui veulent s’en sortir et vivre Français en France. La qualité de la politique économique menée à partir de 2022 sera donc, sur ce point en tous cas,  déterminante.  

L’école de la République a été salopée dans des territoires entiers de notre pays. Elle doit être nettoyée de ses errements différentialistes et vidée des voyous qui en perturbent le fonctionnement en particulier dans les quartiers qui n’ont plus de populaires que le nom mais sont bel et bien alter-identitaires. Ainsi, l’école peut redevenir la belle machine assimilatrice qu’elle fut.

Mais la condition sine qua non de toute résolution durable de la fracture identitaire qui nous mine c’est un changement drastique de notre politique migratoire. 

On ne peut pas espérer une francisation de l’islam si chaque jour débarquent dans notre pays des femmes et des hommes qui charrient l’islam rétrograde du Maghreb ou du Moyen-Orient et je ne parle même pas de l’Asie islamique (Afghanistan, Pakistan, Tchétchénie, etc.). Il y a une invraisemblable aporie consistant à s’acharner à franciser l’islam en France tout en s’acharnant à défranciser la France !

De surcroît, on ne peut espérer résorber la pauvreté si chaque jour débarquent des gens dénués de tout et qui viennent alourdir la charge pesant sur un système social déjà à bout de souffle.   

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Aucun problème n’a de solution sans l’arrêt des causes qui le créent. La paix future est à ce prix. Ceux qui nous racontent que nous pouvons nous islamiser et nous « tiers-mondiser » un peu plus chaque jour que Dieu fait et « en même temps » construire un avenir meilleur pour la France nous mentent et nous détruisent. 

Alors mon cher Ramy, il faut que cette immigration assimilée à laquelle vous appartenez se rallie au camp de la France pour dire STOP. La maison est pleine à craquer, la diversité c’est bien, mais là, on a fait le plein voire le trop plein. Comme le montrent tant d’exemples autour de nous, des pays d’Europe centrale et orientale aux pays du Maghreb et d’ailleurs, l’homogénéité est aussi une très belle qualité et notre nation en manque de plus en plus cruellement. 

Pour conclure, je vous fais une promesse. Quand le camp de la France arrivera au pouvoir en 2022, jamais nous ne laisserons qui que ce soit s’en prendre à des Français parce qu’ils sont « basanés » ou portent des noms qui ne font pas « gaulois » ou croient en tel ou tel Dieu. Jamais, ô grand jamais, nous ne créerons ou n’accepterons de quelconques discriminations entre nous. 

Car nous sommes inébranlablement convaincus que oui, la France est et restera une et indivisible. Mais c’est unis dans la préservation de notre identité, qui n’est pas fondée sur la race mais qui reconnait l’européanité historique de la France hexagonale, que nous rebâtirons une France dont nos descendants seront fiers et heureux d’y vivre.

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