Dans l’Histoire, deux fédérations ont réussi à imposer une monnaie unique à des Etats : L’Allemagne de Bismarck (avec le Reichsmark) et les États-Unis (le dollar). Ces fédérations affichaient une volonté implacable de protéger leurs frontières économiques pour consolider leur monnaie. Et elles y sont parvenues par la guerre : la bataille de Sadowa contre l’Autriche en 1866 puis la victoire contre la France en 1870 pour l’Allemagne, la guerre de Sécession (1860-1865) pour les USA. Remarquons dans ce dernier cas que ce qui opposait avant tout les Etats du nord aux confédérés du sud était bien plus la question du protectionnisme que celle de l’esclavage. Au terme du conflit entre le nord protectionniste et le sud libre-échangiste, le premier imposa sa vision des choses par les armes.

Ce qui se joue aujourd’hui avec l’euro devrait nous rappeler ces événements. Or, la monnaie unique européenne est-elle attachée à un Etat fort comme pouvaient l’être l’Allemagne de Bismarck ou les USA de Lincoln ? A l’évidence non. La zone euro ne possède aucune des prérogatives d’un Etat, pas même le contrôle de sa banque centrale. L’Euroland protège-t-il son marché intérieur comme le faisaient l’Allemagne ou les USA au XIXe siècle ? Encore moins. On peut même avancer sans coup férir que l’euro est une construction politique complètement dédiée à l’idéologie libérale libre-échangiste. Plus qu’une monnaie, l’euro est une idéologie. L’euroland n’est pas plus en mesure d’harmoniser la fiscalité et le développement économique d’États complètement hétérogènes.

L’euro a-t-il une chance de se maintenir ? Sur ses bases actuelles, certainement pas. Sa fin est consommée. Sur d’autres fondements, peut-être. Lesquelles ? Un gouvernement fédéral de l’Europe considérablement renforcé dans toutes ses prérogatives, y compris fiscales, et une volonté farouche de réindustrialiser l’Euroland en protégeant ses frontières externes. Au passage, rappelons que 80 % des exportations allemandes qu’on nous vante tant s’effectuent à l’intérieur de la zone euro et que si la France redressait sa balance commerciale comme le fait l’Allemagne, il lui faudrait trouver des débouchés pour ses exportations car tout le monde ne peut pas être unilatéralement exportateur ! Cela serait sans doute possible par l’imposition d’un régime d’autorité technocratique au mépris de la souveraineté des peuples européens. La BCE + l’OTAN, en quelque sorte.

Un jour prochain, on verra peut-être des chars de l’Otan entrer dans Athènes, Lisbonne… ou Paris pour réprimer les soulèvements populaires contre les mesures imposées par Francfort[1. Siège de la BCE]. La zone rouble s’est ainsi maintenue pendant 70 ans grâce à l’appui des chars du pacte de Varsovie qui faisaient régner l’ordre à Prague ou à Budapest.

Il y a cinquante ans, on nous promettait l’Europe pour qu’il n’y ait plus la guerre entre les peuples. Demain, on fera peut-être la guerre aux peuples pour leur imposer l’euro. Et il est malheureusement probable que l’Allemagne y joue encore un rôle encore central et funeste.

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