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La joyeuse insolence de Raymond Queneau

Le poème du dimanche

La joyeuse insolence de Raymond Queneau
Raymond Queneau et Maurice Genevoix lors du cinquième Festival de Cannes en mai 1952 © LIDO/SIPA

Le poème du dimanche.


Il est évident que ce dimanche électoral va faire beaucoup d’insatisfaits car si j’ai bien compris beaucoup de gens vont voter contre et très peu pour, ce qui est toujours source d’insatisfaction. Raymond Queneau, qu’on ne présente plus, est l’inoubliable inventeur de Zazie, la petite fille qui voulait prendre le métro et ponctuait ses désillusions et ses doutes sur la condition humaine d’un très philosophique « Mon cul », parfaite maxime du scepticisme absolu.

Il n’empêche que chez Queneau, le bonheur réclame une certaine forme de sagesse, une acceptation heureuse des aléas de l’existence, sinon, on se retrouve bien malheureux. C’est que le bonheur, comme le reste et comme le prouve cette complainte, est d’abord une question d’intelligence du monde.

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Par ailleurs, on peut se demander si une des sources de l’excellente chanson Requiem pour un con de Gainsbourg n’est pas à chercher dans cette Complainte de Queneau, ce qui n’aurait rien d’étonnant étant donné la culture du bonhomme.


  Complainte.    

J’connaitrai jamais le bonheur sur terre

je suis bien trop con
Tout me fait souffrir et tout est misère

pour moi pauvre con
Tout ce qui commenc’ va trop mal finir

toujours pour les cons
Tout plaisir s’efface — après c’est bien pire

du moins pour les cons
L’angoisse m’étreint m’étrangle et j’empire

de plus en plus con
Je ne sais que faire ou pleurer ou rire

comme font les cons
Quelquefois c’est bleu puis c’est noir de suie

la couleur des cons
On voudrait chanter mais voilà la pluie

qui arroz’ les cons
On veut espérer mais surgit l’ennui

qui teinte les cons
On voudrait danser — le sol est de boue

pataugent les cons
Nous sommes idiots bouffant la gadoue

nous sommes des cons
L’amour se balade en un autogyre

au-dessus des cons
Qui lèvent le nez ‘vec un doux sourire

sourire de cons
Attendant encor la belle aventure

illusion de cons
Car ils sont réduits à leur seul’nature

nature de cons
Les roses les fleurs et les clairs de lune

c’est pas pou’ les cons
Les cons ils y croient mais c’est pour des prunes

aliment de cons.

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Jérôme Leroy est écrivain et membre de la rédaction de Causeur. Dernier roman publié: Vivonne (La Table Ronde, 2021)

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