Annoncé comme un pari risqué, le diptyque d’Antonin Baudry est devenu un succès populaire: plus de 1,3 million d’entrées pour L’Âge de fer et un lancement à plus de 400 000 spectateurs pour J’écris ton nom. Au-delà de ses qualités cinématographiques unanimement saluées, La Bataille de Gaulle révèle le désir de renouer avec une histoire incarnée, et de retrouver, le temps d’un film (ou deux), une certaine idée de la France.
Avec La Bataille de Gaulle, Antonin Baudry confirme qu’il est l’un des cinéastes français les plus ambitieux de sa génération. Après Le Chant du loup (2019), remarquable film de fiction suivant un sous-marin de la dissuasion nucléaire en plongée dans les profondeurs silencieuses, où il faisait déjà preuve d’une maîtrise exceptionnelle de la tension dramatique, il change d’échelle sans perdre en précision. Cette fois, c’est l’Histoire qui devient son théâtre.
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Le film impressionne d’abord par son souffle. La reconstitution est d’une ampleur et d’un lyrisme peu communs dans le cinéma français contemporain. Chaque plan semble porté par une exigence de vérité ; chaque décor, chaque costume, chaque mouvement de caméra participe à faire revivre ces années où le destin de la France se jouait dans l’incertitude, le courage et le sacrifice. Baudry ne filme pas seulement des événements : il restitue une époque, une atmosphère, un état d’esprit. Il redonne à l’Histoire sa densité humaine.
Des figures historiques rendues à leur humanité
La direction d’acteurs est remarquable. Tous les comédiens trouvent le ton juste, sans emphase ni caricature. Ils incarnent des figures immenses sans jamais les réduire à des statues de bronze. Charles de Gaulle retrouve sa grandeur, non par l’imitation, mais par l’incarnation. Leclerc (Philippe de Hauteclocque), Jean Moulin et Pierre Kœnig apparaissent dans toute leur complexité : des hommes de chair et de sang, traversés parfois par le doute, mais toujours habités par une fidélité absolue à la France.
Ce qui frappe, c’est que le film ne construit pas une galerie de héros abstraits. Il montre des hommes qui, au moment où tout semblait perdu, choisirent l’honneur plutôt que la résignation. Leur courage ne procède ni du goût de la gloire ni de la recherche du pouvoir ; il naît de la conviction qu’une nation ne peut mourir tant qu’il demeure quelques hommes pour porter son espérance.
Une certaine idée de la France
À travers eux, Antonin Baudry célèbre une certaine idée de la France. Celle que Charles de Gaulle portait avec une force incomparable. Une France qui ne se réduit ni à un territoire ni à une administration, mais qui est une civilisation, une histoire, une mémoire vivante. Cette France plonge ses racines dans les siècles : celle de Clovis, qui posa les premières pierres du royaume ; de Charles Martel, qui stoppa l’invasion des Sarrasins ; de Charlemagne, qui fit rayonner l’Occident ; de saint Louis, symbole de justice ; de Jeanne d’Arc, qui résista aux Anglais et fit couronner Charles VII à Reims ; des grands rois qui bâtirent patiemment l’État ; de Napoléon, qui donna à la France une puissance et un rayonnement universels ; enfin, celle du général de Gaulle, qui refusa que la défaite militaire devienne une défaite morale.
Mais cette grandeur est aussi spirituelle. C’est la France de Molière, de Corneille, de Racine, de Pascal, de Chateaubriand, de Victor Hugo, de Proust, de Péguy, de Bernanos et de Camus. Une nation où la puissance des armes n’a jamais été dissociée de celle des idées, où les soldats défendent une civilisation façonnée par les écrivains, les philosophes, les savants et les artistes.
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Le souffle du cinéma au service de la mémoire
La musique, la photographie et le rythme du récit accompagnent admirablement cette ambition. Rien n’est démonstratif ; tout est au service de l’émotion et de la vérité historique. Les scènes militaires impressionnent par leur ampleur, tandis que les séquences plus intimistes donnent toute leur place au doute, à la solitude des chefs et au poids des décisions.
En réalisant La Bataille de Gaulle, Antonin Baudry ne signe pas seulement un grand film historique. Il rappelle qu’il existe, dans l’histoire des peuples, des instants où quelques hommes suffisent à maintenir vivante une nation tout entière. Il montre que la France ne s’est jamais définie par la facilité, mais par cette capacité, lorsque tout semblait perdu, à faire surgir l’espérance par la volonté.
La bataille diplomatique de la souveraineté
Le film montre aussi, avec beaucoup de finesse, que le combat du général de Gaulle ne se limitait pas à la lutte contre l’occupant allemand. Il lui fallait également défendre, parfois avec une inflexible fermeté, l’indépendance politique de la France face à ses propres alliés. Winston Churchill admirait le courage de De Gaulle tout en redoutant son intransigeance ; Franklin Roosevelt, quant à lui, se méfiait profondément de cet homme qu’il jugeait difficile et chercha longtemps d’autres interlocuteurs français. Entre Londres, Washington et Alger se jouait une autre bataille, moins spectaculaire que celle des champs de bataille, mais tout aussi décisive : celle de la souveraineté française.
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De Gaulle comprit très tôt qu’une France libérée par les armes alliées, mais privée de sa liberté de décision, ne serait plus véritablement la France. Il refusa avec une constance remarquable toute mise sous tutelle politique. Face aux exigences des grandes puissances, il opposa cette conviction qui ne le quitta jamais : la France pouvait être vaincue ; elle ne devait jamais être ravalée au rang de nation administrée par d’autres. Cette résistance diplomatique, faite de courage, d’orgueil national et d’une extraordinaire force de caractère, constitue l’une des dimensions les plus fortes du film. Elle rappelle que la victoire de 1945 fut aussi celle d’un homme qui sut imposer l’existence de la France libre à ceux-là mêmes qui hésitaient à la reconnaître pleinement.
La Bataille de Gaulle est un film de mémoire, un film de transmission et, surtout, un grand film sur la fidélité à une certaine idée de la France. Une œuvre à montrer à tous les enfants et à tous les jeunes de France.
La Bataille De Gaulle : 1 -L’Âge de fer (2h40) 2 – J’écris ton nom (2h40)
France 2026
Un film d’Antonin Baudry
Scénario :Bérénice Vila et Antonin Baudry, d’après le livre « De Gaulle, une certaine idée de la France » de Julian T. Jackson
Interprétation : Simon Abkarian, Niels Schneider, Anamaria Vartolomei, Scott Campbell, Thierry Lhermitte, Simon Russell Beale, Benoît Magimel, Mathieu Kassovitz…
Sur tous les écrans de cinéma de France
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