Londres, 1897. Alors que les célébrations du jubilé de diamant de la reine Victoria battent leur plein, un don anonyme de 25 000 livres sterling est versé au profit du fonds créé par la princesse de Galles pour aider les pauvres de la capitale de l’Empire ; peu après, un don du même montant, et toujours anonyme, est envoyé pour contribuer à la lutte contre la famine en Inde. Les sommes en jeu laissent peu de doute sur l’origine de l’argent : le donateur ne peut être autre que Thomas Lipton.
Pour savoir ce que représentaient 50 000 livres à l’ère victorienne, il faut rappeler que le revenu annuel moyen des sujets de Sa Majesté atteignait environ 69 livres. Autrement dit, 50 000 livres, aux standards de cette fin du XIXe siècle, permettaient de faire vivre décemment plus de 700 familles anglaises pendant une année entière − ce qui équivaut à plus de 17 millions de livres sterling actuelles. Bref, il s’agissait d’une somme considérable que seul un donateur particulièrement fortuné pouvait se permettre d’offrir.

De fait, Thomas Lipton n’était pas riche, mais immensément riche. En 1898, alors qu’il entrait dans sa 47e année, le New York Times estimait sa fortune personnelle à quelques 50 millions de dollars. Le « simple épicier », comme l’appellera plus tard la reine Victoria en l’anoblissant, était à la tête du premier empire international de distribution.

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