« Il faut dire quoi ? À mort l’Arabe ? » C’est par cette double interrogation pour le moins surprenante que Noël Le Graët, le président de la FFF, a répondu lundi soir (dans l’émission « L’Equipe enquête » sur L’Equipe 21) aux critiques autour de sa gestion de l’affaire de la sextape. En cause, sa volonté de défendre Karim Benzema à tout prix qui n’a pas fait l’unanimité. Faut-il comprendre que l’attaquant international ne serait pas tout à fait français ? Et les Français issus de l’immigration seraient condamnés ad vitam eternam à se voir rappeler leurs origines ?

Jeudi dernier, au moment où il présentait ses vœux à la presse, Noël Le Graët avait déjà surpris par quelques phrases pleines de sous-entendus. « Les choses sérieuses finissent toujours par s’arranger. » avait-il déclaré au sujet de l’affaire Benzema. Certes, on peut toujours compter sur notre mort certaine pour mettre fin aux conflits mais que voulait dire exactement le président de la FFF ? Que les « choses » deviennent « sérieuses » uniquement lorsqu’elles concernent les joueurs les plus importants ? Qu’on peut toujours s’arranger dans le dos de la justice ?

La suite de sa déclaration était assez éclairante puisque le président de la FFF avait également regretté que l’attaquant du Real Madrid n’ait pas été uniquement convoqué par la commission de discipline de la fédération car ainsi, il aurait pu s’en sortir avec un simple blâme, aucun règlement interne ne permettant de le punir plus sévèrement. Quel dommage en effet qu’un chantage sur un coéquipier, s’il est avéré, ne puisse pas être réglé par une simple sanction administrative, cela arrangerait beaucoup de choses. Imaginez un peu, si c’était la fédération qui traitait également les cas de viols et d’assassinats, le temps qu’on gagnerait ainsi.

« J’ai toujours été proche de Benzema parce que je connais un peu ses difficultés d’enfance. » a déclaré lundi soir le président. Quel rapport ? En quoi cette proximité devrait-elle interférer dans une décision sportive à prendre vis à vis de l’Equipe de France ? Et qu’est-ce que d’éventuelles « difficultés d’enfance » ont à voir là-dedans ? Celles-ci permettraient-elles de justifier qu’un millionnaire essaye de faire chanter un coéquipier pour quelques milliers d’euros ?

Puis, le bon vieux défenseur de la veuve et de l’orphelin de terminer son interview par cette phrase ô combien émouvante : « Peut-être que j’ai ce côté là en moi, défendre l’indéfendable ». La volonté de M. Le Graët de réduire Benzema à ses origines pour passer pour un homme de cœur n’est pas seulement affligeante, elle est dangereuse.

En pensant défendre Benzema contre un racisme supposé, Noël Le Graët ne fait que l’entretenir. Quand on a passé comme moi dix ans de sa vie à reprendre les élèves issus de l’immigration dès qu’ils parlaient des « Français » comme d’un groupe de citoyens duquel ils seraient exclus, on ne peut qu’être sidéré par de tels propos…

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : 00734277_000001.

Vous venez de lire un article en accès libre.
Causeur ne vit que par ses lecteurs, c’est la seule garantie de son indépendance.
Pour nous soutenir, achetez Causeur en kiosque ou abonnez-vous !
Lire la suite