Comme le signalait à juste titre Jérôme Leroy, on ne peut pas dire que les élections cantonales, dont le premier tour a lieu ce dimanche, passionnent les foules. Pourtant dans l’ombre, l’importance de ce scrutin n’a pas échappé à ceux qui souhaitent conserver des présidences de conseils généraux mais aussi en conquérir d’autres. C’est particulièrement le cas au Parti Socialiste qui, comme au bon vieux temps de la SFIO, est redevenu le parti le plus puissant localement ce qui contraste avec son audience sur le plan national. Ainsi, il ne serait pas complètement inimaginable qu’en six petits mois, le PS fasse basculer le Sénat à gauche, à la faveur des scores de ces cantonales, sans pour autant gagner la présidentielle dans la foulée. Remember 2002.

Les grands et petits féodaux socialistes dénoncent – à juste titre, d’ailleurs – les promesses non tenues de l’Etat en matière de compensation de dotation de fonctionnement, qui ne sont pas pour rien dans la situation financière de bon nombre de départements, à tel point que certains d’entre eux votent des budgets en déséquilibre ou en appeler au Conseil d’Etat. Ils ne renonceraient sous aucun prétexte à ces fromages qui leur permettent de disposer de voitures et chauffeurs, de cabinets élargis ou de cellules de communication à leur gloire.

Certaines mauvaises langues – notamment au secrétariat national du PS – n’ont pas manqué de rapporter à Martine Aubry que des indélicatesses pouvaient être constatées dans les Bouches-du-Rhône. Clientélisme et intimidations, d’après un fameux rapport qui n’est pas demeuré confidentiel, ne feraient pas très joli-joli dans le paysage provençal. Certes, de Jacques Médecin à Gaston Defferre, en passant par Georges Frêche et Maurice Arreckx, le climat méditerranéen n’a pas fait pousser beaucoup de gestionnaires à la scandinave. Mais la géographie n’est pas la seule en cause.

Ainsi, déplaçons-nous quelques centaines de kilomètres au nord du Vieux-Port, dans un département au climat plus rigoureux mais où coulent vin jaune et fondue au comté et dont le moindre mérite n’est pas d’avoir vu naître l’un des deux auteurs de ces lignes. Le Jura, puisque c’est de lui qu’il s’agit, apparaît à juste titre comme un département calme à tel point que l’ami Basile de Koch afin d’imager l’ennui que suscitait notre époque, n’hésitait pas à parler de « Lons-le-Saunier temporel.»

Pourtant, au sein de la fédé socialiste jurassienne, on a parfois l’impression, à la lecture de la presse locale d’assister à un mauvais remake de Dallas. Le JR Ewing socialiste s’appelle Christophe Perny. En 1988, il était déjà membre du PS. Mais quelques années plus tard, il claquait la porte pour rejoindre Bernard Tapie dont il devait admirer certainement, gouaille, sens des affaires et caractère sanguin. L’aventure politique de l’ex-président de l’OM ayant tourné court – pour faire dans la litote -, notre Perny finit pas revenir au Parti socialiste en 2002 par la fenêtre Mélenchon. Le futur patron du parti de gauche est alors toujours euro-fédéraliste, comme l’était Tapie, et il possède le même langage populo, donc pourquoi pas ? Mais alors que pendant le second mandat de Chirac Perny participe à toute l’aventure mélenchoniste à gauche du PS, on le retrouve à Reims portant les mandats jurassiens de… Bertrand Delanoë. Et là, voyez-vous, la cohérence politique ne saute pas aux yeux des militants jurassiens. Par ailleurs, la fidélité au terroir n’est non plus sa caractéristique principale : il saute de canton à canton pour tenter de se faire élire.

Pour toutes ces raisons, Christophe Perny a longtemps été le vilain petit canard de la couvée socialiste jurassienne. Mais à l’instar de son (ancien ?) modèle Tapie, le bonhomme croit en lui et ne recule devant rien pour arriver. Ainsi finit-il par devenir chef de l’une des oppositions au Conseil général. Pourquoi « une des oppositions » ? Parce qu’il a largement contribué à la faire exploser en deux morceaux. Rappelons qu’en mars 2008, droite et gauche comptent 17 sièges chacune au Conseil général et que la première ne doit la présidence qu’au fait qu’elle compte dans ses rangs le doyen d’âge, Jean Raquin, qui accepte de se dévouer.
Ainsi, après avoir réussi à pousser bon nombre de camarades hors du Parti socialiste[1. Patrick Viverge. On y revient dans un instant] voire de la politique tout court[2. Un jeune espoir socialiste, Benjamin Gaillard, trop tendre pour ce milieu impitoyable, surtout face à de tels fauves politiques, sera notamment victime d’une cabale orchestrée par Perny. Premier fédéral, il sera débarqué, humilié et licencié avant que la Justice finisse par lui donner raison, condamnant le Parti à 7500 euros de dommages et intérêts], la violence politique[3. Qui s’accompagne parfois de menaces de violences physiques à l’encontre d’un journaliste ici, où de militants là.. ] dont fait montre Christophe Perny lui permet d’être aujourd’hui en pôle position pour s’asseoir dans le fauteuil de Président du Conseil général si la gauche emporte la majorité à la fin du mois.

Rien n’est moins sûr, pourtant. Perny n’est guère partageur et il aime achever ses adversaires politiques surtout s’ils l’ont gêné à l’intérieur du parti. Ainsi a-t-il décidé de mettre un candidat PS dans les pattes de Patrick Viverge, conseiller général sortant du canton Dole Nord-Est, lequel a préféré quitter le PS récemment, écoeuré par tant de coups bas. L’ambition de Christophe Perny pourrait donc être contrariée par ses rancoeurs passées. Ce qui n’augure rien de bon au cas où, malgré tout, il prendrait la présidence. A bon droit, beaucoup de militants socialistes et de connaisseurs des méandres du PS se demandent si cette installation à l’Hôtel du département ne ferait pas de lui un « petit Guérini en puissance ».

Reste à savoir pourquoi, à l’instar du patron du Conseil général des Bouches-du-Rhône, il est soutenu avec autant d’ardeur par la direction du PS et notamment par son secrétaire aux élections Christophe Borgel. « Parce qu’il fait leader, et pas les autres… », explique ce dernier. Beaucoup de solférinologues diplômés de l’option « connaissance des élus locaux, mais vraiment locaux », s’interrogent sur la nécessité pour la direction de soutenir de tels candidats à la réputation disons difficile, alors que la gauche va sans doute progresser dans le pays d’ici 15 jours. Mais le ménage n’a jamais été la spécialité des socialistes. Surtout quand au delà des cantonales, se profile LA primaire. Il faudra compter alors tous les soutiens pour espérer pousser une candidature ou une autre jusqu’à la présidentielle. Autant dire qu’il convient de ne se fâcher avec personne. Même dans le Jura.