Alain Juppé quitte la cour d'appel de Versailles, lors de son procès en appel dans l'affaire des emplois fictifs du RPR, 13 octobre 2004 (Photo : DENIS ALLARD/REA)

Alain Juppé a de la chance. Les Français viennent de faire en grand l’expérience d’Ulysse dans son voyage de retour en tombant de Charybde-Sarkozy en Scylla-Hollande. Passés d’un parvenu détesté à un incapable humiliant, ils voient venir avec angoisse la prochaine échéance car il n’y a pas grand monde de crédible ou de disponible sur le marché. Qu’à cela ne tienne, on va leur proposer une construction parfaitement artificielle prétendant qu’on va tout changer, pour que surtout rien ne change. C’est un classique, Raymond Barre, Édouard Balladur, et DSK en savent quelque chose. Alain Juppé a vu la fenêtre de tir, et s’y est engouffré, soutenu par une opération de communication d’envergure. Effacés ses multiples échecs politiques, dès lors qu’il quitta l’ombre protectrice de Jacques Chirac, oubliés les traits de caractère tout de suffisance cassante, gommées les convictions politiques d’européiste austéritaire des plus classiques. « Il a changé », nous serinent les médias, et même son âge, quand même avancé, est présenté comme un avantage. « Dans ces conditions, il ne fera qu’un mandat », dit-on pour nous rassurer. Reste tout de même un petit problème, Alain Juppé arbore un casier judiciaire, ce qui est un peu ennuyeux. Les journalistes excités par la chasse au Sarkozy s’interrogeaient doctement sur la possibilité pour celui-ci, mis en examen et présumé innocent, de se présenter à la primaire de la droite, en oubliant que leur champion est, lui, condamné définitif.

Il est vrai que les pratiques républicaines du Parti socialiste ont ouvert la voie avec un Premier ministre, aujourd’hui ministre des Affaires étrangères, un secrétaire d’État aux Affaires européennes et un secrétaire national du Parti, tous dotés de casiers judiciaires chargés. Alors, pour traiter le problème, les spin doctors vont réactiver le récit du pauvre Alain Juppé ayant payé pour Jacques Chirac. Malheureusement, c’est une fable.

>>> Retrouvez en cliquant ici l’ensemble de notre dossier « Juppé : le pire d’entre nous ? »

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Régis de Castelnau
Avocat.Régis de Castelnau anime le blog Vu du Droit depuis 2012. En consacrant sa vie professionnelle d’abord au Droit social puis au Droit Public dont il fut un des premiers praticiens actifs au sein de la profession d’avocat. Il y ajouta une activité universitaire, doctrinale ...
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