L’autre soir, au Grand Journal de Canal+, Johnny Hallyday a déclaré au détour d’une phrase : « Alain Delon c’est un vrai mec de toute façon. Je pense pas être un pédé moi non plus hein, bon. » On admirera, un moment, l’aisance grammaticale et syntaxique qui fait de notre Johnny national un lointain descendant de Vaugelas par l’escalier de service, pour passer à la suite. Car il y a une suite.
Un honorable – et néanmoins obscur – conseiller municipal PS de Bordeaux dénonce les propos du rocker. C’est son droit. Mais son indignation ne s’arrête pas en si bon chemin : il demande à Alain Juppé, maire de Bordeaux, de ne plus louer le stade Chaban-Delmas à Johnny, qui doit s’y produire, le 3 juillet prochain, pour son mille cinq centième adieu à la scène.

Attention ! l’élu girondin a ses pudeurs : il écrit, dans un communiqué, ne pas vouloir réclamer « la censure » de Johnny Hallyday. Juste qu’il ne se produise pas sur scène. Sacré distinguo. Puis, il continue : « Ces propos publics, en plus de comporter une insulte à proprement parler, considèrent que les homosexuels seraient des sous-hommes. Ces allégations nauséabondes participent à entretenir ce substrat si favorable aux violences homophobes. »

Evidemment : le prochain homosexuel qui se fera tabasser à Bordeaux – ou ailleurs, en France, vu que Canal+ est une chaîne certes cryptée, mais captée au-delà de la Gironde –, ce sera la faute à Johnny.Car, voyez-vous, les gars qui vont le week-end, casser du pédé, de la tapette, de la tarlouze sur les lieux de drague et qui le font en bande – seuls ils n’ont rien dans la culotte – sont des téléspectateurs attentifs de Canal+ lorsque la chaîne boboïde diffuse en clair. Et ces gars sont, bien entendu, tellement influencés par Johnny Hallyday qu’ils justifient par ses propos de beauf leur acte criminel.
De deux choses l’une. Soit l’on considère que les mains courantes de la Police nationale sont suffisamment éloquentes et renseignées pour nous indiquer quel est précisément le « substrat » de l’homophobie en France. Soit l’on dit n’importe quoi.

D’abord, il faudrait considérer une chose : depuis quand prend-on Johnny au sérieux ? Par quel miracle ses propos, qui ont toujours rivalisé en profondeur avec ceux du pilier de bistrot moyen, sont devenus ceux d’un spécialiste en “gender studies”? Et puis, Johnny Hallyday a-t-il encore quelque influence sur son public ? Oui, très certainement, mais quel public ? Johnny reste l’idole des jeunes, mais des jeunes de 1962 ! C’est-à-dire de fans, éminemment respectables, mais qui n’ont plus l’âge d’aller jouer les blousons noirs. Le fan de Johnny reste un rocker, un insoumis peut-être. Mais un rocker, un insoumis perclus d’arthrite. Parfois, il a même une pension d’invalidité. À 8 heures du soir, le gars attend encore les Jeux de 20 heures sur FR3, tout en demandant à maman – généralement le fan de Johnny appelle sa femme comme ça –, pourquoi Champs-Elysées ne passe plus tous les soirs. Et maman n’ose même pas lui avouer que Michel Drucker est décédé dans les années 1990. Elle lui tapote sur l’épaule, remonte le plaid sur ses jambes. Une camomille, et au lit.

Bien sûr, tous ses fans ne sont pas ainsi. Ce qui fait le génie de Johnny, c’est de passer les générations. Parce que Johnny, voyez-vous, c’est un chanteur populaire. Un type qui sue corps et âme dans les bals et les bastringues et fournit à toute âme de quoi y accrocher ses sentiments. Quand ça va mal – ou quand ça va bien –, tu écoutes une chanson de Johnny, tu y trouveras toujours de quoi t’y repaître.
Et puis, comment vous le dire, puisque le ministère de l’Intérieur se conforme aux avis du Conseil constitutionnel et interdit les références ethniques aux statistiques qu’il fait paraître ? Mais ce que j’ai pu, moi-même, constater, c’est que les actes homophobes (tabassages entraînant une interruption de travail de plus de huit jours et assassinats entraînant une interruption de la vie d’un peu plus longtemps) sont le fait, essentiellement, de «  jeunes issus de la banlieue ».

Ne stigmatisons pas. Mais ce sont, pourtant, les mêmes, qui passent leur journée à stigmatiser les filles qui ne portent pas le voile en les traitant de « salopes ». Il faudra un jour que ces choses soient dites et que l’on arrête d’expliquer, dans le pays, l’homophobie autrement que par une rupture de civilisation.
Jamais, en France, si l’on regarde l’histoire longue, l’homosexualité n’a été autant tolérée et acceptée qu’à l’heure actuelle. Seulement, nous avons, au sein de la société française, une population qui refuse les « avantages acquis » de notre civilisation. Ce n’est pas l’islam le problème – les musulmans se sont, toujours et de tout temps, très bien enculés. C’est une frange de la population, composée de jeunes cons, issus de la banlieue et de la « diversitude », auxquels on n’a pas simplement appris la politesse. Ils ne sont pas seulement en rupture de ban avec la société, ils ont rompu avec la civilisation !

Eh bien, quand, chez un homme, la politesse n’est pas apprise, c’est à coups de bâton qu’il faut lui faire réviser sa leçon. Et c’est très courtoisement qu’il faut lui coller des coups de pied au cul. On n’en a rien à faire des origines et des tabous religieux. On n’en a rien à faire de la beaufitude d’un Johnny Hallyday, qui prenait de la cocaïne avant que je ne prenne le biberon. Ce que nous voulons, c’est d’une société française où l’on n’enquiquine personne pour ce qu’il est.

Je n’aime pas Johnny[1. Sauf quand c’est mon copain Jean-Claude Bader qui l’interprète, avec sa bande à Bader.], mais je peux comprendre ceux qui l’adorent. Allez savoir pourquoi, moi ma came c’est Tino Rossi. Entre nous, même avec ses airs de ne pas y toucher, Tino, c’était pas un pédé non plus.
Oups ! Je m’aperçois que je viens de commettre un acte hautement homophobe. Je viens d’employer le terme « pédé » pour sous-entendre que Tino baisait des filles à tout-va et se levait, chaque soir, comme il voulait, de la meuf, de la gonz, de la miss ou du laidron.
N’était-ce justement pas ce que Johnny voulait dire ? Que son ami Delon s’était tapé, au long de sa carrière de gigolo cinématographique, tout ce qui bougeait. Et que lui, aussi, en avait pris sa part. L’histoire nous dira, un jour, si Johnny Hallyday et Alain Delon, ont tout baisé de ce que la France pouvait compter de femmes baisables. Ils n’ont jamais essayé les hommes. Faut-il leur en vouloir ? C’est ce qui chagrine certainement le conseiller municipal bordelais. Moi, personnellement, je ne veux même pas savoir : je passe, honteusement, mon tour.

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