«Le cinéma, comme le christianisme ne se fonde pas sur une vérité historique, il nous donne un récit, une histoire, et nous dit maintenant crois, non pas accorde à ce récit, à cette histoire, la foi qu’il convient de l’histoire, mais crois quoi qu’il arrive » Jean-Luc Godard – Histoires du cinéma – Éditions Gallimard (2006).

Jean-Henri Roger nous a quittés le 31 décembre à 63 ans. Brillant, intelligent, frondeur, éminemment politique, il s’est battu pendant plus de quarante ans pour défendre le cinéma indépendant et des valeurs de justice et d’humanisme. Il était fils de militants communistes, résistants au nazisme. Très jeune, il s’engage dans le combat pour la justice et un monde meilleur, et au tournant de la fin des années soixante rencontre le cinéma. Il va faire de ce moyen d’expression un objet de lutte et de création artistique.

En 1969, il rejoint comme Jean-Pierre Gorin, cet autre grand écorché de génie, les membres du groupe Dziga Vertov aux côtés de Jean-Luc Godard. Ensemble ils co-réalisent British Sounds, puis Pravda. Au début des années 70, il rejoint le collectif Cinéluttes et participe à la réalisation de films militants.

Dans les années 80 il travaille avec Juliet Berto, l’une des comédiennes de La Chinoise de Godard, et surtout l’inoubliable interprète de Céline et Julie vont en bateau de Jacques Rivette. Ils vont réaliser deux très beaux films ensembles. Neige qui sort sur les écrans en 1981, un polar tendu et sombre qui se déroule en hiver dans le quartier de Barbès. Un film crépusculaire, accompagné par une musique reggae, une œuvre singulière et poignante de toute beauté. Le film reçoit le Prix du cinéma contemporain au Festival de Cannes. Deux ans plus tard, ils réalisent Cap Canaille, un film flamboyant qui se déroule dans le milieu de la mafia marseillaise sur fond d’incendie criminel.

Seul, Jean-Henri Roger signe deux longs métrages : Lulu en 2002, un très beau portrait de femme, Lulu interprétée par la sublime Elli Medeiros, une dérive nocturne mélancolique, pleine de vie ; et Code 68 en 2005 où il revient sur la période de mai 68 par l’intermédiaire du questionnement du personnage d’Anne Buridan joué par la cinéaste Judith Cahen.

Cinéaste intransigeant et incorruptible, il contribue aussi à fonder le département cinéma de Vincennes et devient par la suite Maître de Conférences au département Cinéma (de l’Université Paris 8, il y enseignait encore ces derniers jours, avec la même passion du cinéma et de la transmission.

Infatigable militant du cinéma indépendant, débatteur lucide et inventif, il devient à plusieurs reprises co-président de la SRF (Société des réalisateurs de films) et crée avec un petit groupe de réalisateurs, une bande d’amis, l’ACID (Association du Cinéma Indépendant pour sa Diffusion) afin de mieux défendre et aider la diffusion du cinéma indépendant auprès du plus grand nombre. C’est un réalisateur de talent et un homme de goût et de cœur – qui conserva intact sa foi dans le cinéma et dans l’homme – qui disparaît. Je me souviendrai toujours de sa présence amicale, attentionnée et passionnée aux Rencontres Cinématographiques de Dunkerque. Adieu l’ami !

 

 

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Jacques Déniel
est directeur de cinéma.est directeur de cinéma.
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