Mort d'Anis Amri, banlieue de Milan. Sipa. Numéro de reportage : 00786215_000007.

Si la menace terroriste reste de « basse intensité » en Italie, l’augmentation du nombre d’individus radicalisés inquiète les autorités. Un rapport de la Commission d’étude sur le phénomène de la radicalisation et de l’extrémisme djihadistes montre que toujours plus de jeunes et de femmes, de nationalité italienne, convertis ou de deuxième génération, sont séduits par le « message djihadiste ».

Prévenir la radicalisation

Les résultats de cette enquête d’une ampleur inédite ont été présentés à Rome le 5 janvier, par le président de la Commission gouvernementale, Lorenzo Vidoni, en présence du président du Conseil italien, Paolo Gentiloni, et du ministre de l’Intérieur, Marco Minniti. « Il y a une spécificité de notre pays, plutôt rassurante par certains aspects», a déclaré le chef du gouvernement en commentant les chiffres de la radicalisation en Italie, chiffres beaucoup moins importants que ceux d’autres pays européens, à commencer par la France.

Selon ledit rapport, issu d’un travail de quatre mois, sur les 110 ressortissants italiens partis mener le djihad au Levant, 32 auraient trouvé la mort dans la zone syro-irakienne, 17 seraient revenus du conflit, mais seulement 6 se trouvent actuellement sur le territoire italien. Une situation sans commune mesure avec les 1500 combattants daechistes français ou le millier de djihadistes allemands ayant rejoint le Califat. Néanmoins, les conclusions du rapport ne rassurent pas les autorités italiennes. « L’Italie doit élaborer une stratégie qui unit la répression policière et judiciaire à des programmes de déradicalisation », a affirmé le ministre de l’Intérieur.

Pour répondre à quels défis ? Vidoni constate que « les parcours de radicalisation se développent notamment dans les prisons et sur le Web » mais concède qu’«il n’y a pas d’idéal-type pour tous les individus qui se radicalisent. Il s’agit de situations très diverses, mais il est nécessaire de concentrer le travail de prévention sur les prisons et sur le Web ». Convertis ou non, la plupart des aspirants djihadistes a entre 18 et 24 ans. « Leur présence est visible sur Twitter en particulier, et de manière plus générale sur les réseaux sociaux. C’est pour cela qu’il faut mettre en place des systèmes pour prévenir la radicalisation », a averti le président de la Commission.

La France et la Belgique d’il y a dix ans

Quatre priorités ont été établies pour renforcer la lutte antiterroriste : la mise en place d’une stratégie à long terme pour prévenir les phénomènes de radicalisation, l’identification de parcours de déradicalisation, la diffusion d’un contre-discours pour arrêter le message de propagande dudit État islamique, le renforcement de la coopération avec les communautés islamiques et les écoles. « L’antiterrorisme a compris qu’une approche basée seulement sur la répression n’est plus suffisante », a affirmé Lorenzo Vidoni, avant de souligner qu’il fallait mettre en place « des outils de prévention et des mesures soft qui permettent de prévenir les processus de radicalisation pendant la période embryonnaire ».

Puisque le recrutement s’effectue surtout sur Internet et dans les prisons, le ministre de l’Intérieur a prévu de construire « un réseau contre le fléau de la terreur » en augmentant la surveillance dans les établissements pénitentiaires. C’est dans les geôles siciliennes qu’Anis Amri, l’auteur de l’attentat de Berlin, s’est radicalisé. Que les prisons italiennes soient devenues un terrain fertile pour le prosélytisme islamiste, la direction de l’administration pénitentiaire le confirme dans un rapport rendu public la semaine dernière. D’après cette étude, 345 détenus sont actuellement surveillés en raison de leurs liens – idéologiques ou concrets – avec le terrorisme. Parmi eux, 143 sont considérés comme des individus à haut risque de radicalisation qui s’ajoutent au nombre croissant des personnes « signalées » hors des murs de la prison. Le ministre n’a pas manqué de donner des précisions inquiétantes   : « A lui seul,  le Ros (Ndlr : la division du corps des carabiniers spécialisé dans la lutte contre le crime organisé et l’antiterrorisme) a reçu 1 400 signalements d’individus soupçonnés de radicalisation en 2015, et 2 000 de janvier à août 2016 ».

Autrement dit, l’Italie se trouve dans une situation voisine de celle de la France et de la Belgique… il y a dix ans. Le pays peut sûrement compter sur la qualité de ses services de renseignement et sur l’expérience de son ministre de l’Intérieur Marco Minniti, qui connait de très près les dossiers sur le terrorisme et les questions de sécurité nationale, ayant été sous-secrétaire d’État au ministère de la Défense, puis secrétaire d’État chargé de la Sécurité nationale.

Mais les résultats de l’enquête menée par la Commission gouvernementale montrent que l’Italie n’échappe pas au risque terroriste, ce qui oblige les autorités à accroître sensiblement leur niveau de surveillance.