La gauche du PS. Existe-t-elle encore ? On la disait groggy et éclatée depuis la primaire socialiste, le courant Hamon ayant privilégié sa raison aubryste à son cœur montebourgeois. Après le plébiscite de François Hollande à l’automne, la bise fut venue sur ce parent pauvre de Solférino, aussi utile pour gagner les élections qu’éternellement relégué aux seconds rôles lorsque la gauche arrive au pouvoir. Hamon ministre délégué à l’économie sociale[1. Moqué à Solférino comme le ministre des « chèques déjeuners », me souffle un fin connaisseur des arcanes socialistes.], Montebourg ministre du « redressement productif » mais privé du commerce extérieur et de barrières aux frontières de l’Europe, voilà les deux grands maroquins accordées au feu Nouveau Parti Socialiste, désormais réduit à l’image blafarde du ministre de l’Education mi-IIIe République mi-pédago qu’est devenu son ancien jeune loup Vincent Peillon.

Avant-hier, Jean Poperen et le CERES de Jean-Pierre Chevènement. Hier, la Gauche socialiste de Lienemann, Mélenchon – depuis, parti secouer ses incohérences doctrinales sous d’autres cieux – Dray, affublé de la jeune Delphine Batho, dont la fortune politique s’est avérée inversement proportionnelle à la constance idéologique. Aujourd’hui condamnés au même sort que leurs aînés, les reliquats des troupes emmanuellistes ou lienemannistes s’alanguissent à l’ombre des ministères en comprenant à quelle sauce ils seront mangés. C’est bien connu, le bonheur est dans l’escalier, jamais dans le studio sordide qui sert de décor aux jeux du lupanar politique. Et face à l’avalanche de mauvaises nouvelles qui se prépare sur le seuil du séminaire budgétaire gouvernemental, refusant les distractions sociétales que la sémillante ministre des droits des Femmes nous tend comme des hochets, Marie-Noëlle Lienemann a dégainé la première.

Au lieu de s’écharper comme des chiffonniers jaloux de la popularité de Marine Le Pen, certains à l’UMP, s’ils voulaient vraiment incarner une opposition efficace, feraient mieux de tendre l’oreille du côté de l’argumentaire de l’ancienne ministre du Logement, déjà échaudée par sa douloureuse expérience jospinienne. A l’entendre, « rigueur de gauche » et « abolition de la prostitution » seraient les deux mamelles d’un même simulacre social-démocrate conjuguant effets d’annonces à la Sarkozy et probables coupes sombres dans les dépenses. Une rigueur merkélienne, la left and French touch en plus. Il faut dire que les derniers soubresauts gouvernementaux ne plaident franchement pas pour un réveil socialiste du candidat qui murmurait à l’oreille de la City : « La gauche a été au gouvernement pendant 15 ans durant lesquels nous avons libéralisé l’économie et ouvert les marchés à la finance et aux privatisations. Il n’y a pas de grande peur à avoir ».

En vrac, on peut citer le limogeage express de la pourtant très social-démocrate Nicole Bricq du ministère de l’environnement, faute d’avoir immédiatement complu aux grandes compagnies pétrolières comme Shell, qui voient tout rouge dès qu’on menace leurs forages en Guyane. Il y a aussi l’enterrement en catimini des Eurobonds, que François Hollande pourra toujours mettre sur le dos d’Angela Merkel et de ses « camarades » du SPD, parallèle à l’alignement sur les plans austéritaires européens. Et quid du fameux « coup de pouce » au SMIC, dont on nous jurait mordicus qu’il romprait avec les années de disette sarkozyenne infligée aux petits salaires ? En la matière, le ministre du Budget Jérôme Cahuzac annonce crânement qu’ « il n’y a pas de programme masqué avec François Hollande ».

Il est vrai que la hausse du SMIC ne dépassera pas les 2% (soit un « coup de pouce » de 0.6%) , d’autant que le député Olivier Faure proche d’entre les proches du président – et, par ailleurs, conseiller de Jean-Marc Ayrault -, s’était publiquement inquiété du risque de pression sur les entreprises que ferait courir une trop forte augmentation des minima salariaux. Le voilà rassuré, il peut maintenant respirer et trinquer avec la CGPME.

Décidément, il est loin le temps où Jérôme Cahuzac découvrait en direct à la télévision, la mine déconfite, l’annonce d’une tranche de prélèvement supplémentaire à 75% sur les (très) riches. La campagne est finie, les accents marxisants de « l’ennemi de la finance » ont laissé place à la sage rectitude du « président normal ». Au matin du quinquennat, lasse de ses lots de consolation ministériels, l’aile gauche du PS fait donc grise mine. On la comprend.

Photo : silverfuture

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