Home Brèves Herman Cain : du Tea Party au Tobacco Liberation Front ?


Herman Cain : du Tea Party au Tobacco Liberation Front ?

Herman Cain fait en ce moment la course en tête dans la très volatile primaire républicaine américaine : selon un sondage CBS-New York Times du 25 octobre il mènerait avec 25 % des intentions de vote devant Mitt Romney à 21 %. Or Cain a mis en ligne en début de semaine une publicité déjà vue plus d’un million de fois sur You Tube, et commentée par toute la presse américaine. La plupart des journalistes estiment que cette annonce est « folle », « bizarre », « incroyable », certains ne voulant même pas admettre qu’elle puisse être « réelle ». Beaucoup en concluent que la candidature d’Herman Cain n’est pas crédible. Quelques rares autres estiment que cette publicité est très habile, voire « brillante » ou « géniale ».

De quoi s’agit-il ? C’est une déclaration toute simple, de moins d’une minute, du directeur de campagne de Cain, Mark Block, filmé de face et en gros plan. Il nous dit que Cain est capable de faire en sorte que « l’Amérique soit de retour », qu’il mène une « campagne comme on n’en a jamais vue » et qu’il faut s’engager à ses côtés. Jusque là rien que de très banal. Mais dans les dernières secondes, une énorme surprise : Block … fume une cigarette et exhale la fumée. Avec en fond sonore la chanson-culte du Tea Party, « I am America » de l’accorte Krista Branch. Scandale national !

Les tentatives d’explication vont bon train. Certains estiment que Cain fait de l’humour et cherche simplement le buzz, comme il l’avait fait dans une ancienne vidéo, également très populaire, où, patron de la chaîne Godfather Pizza, il chantait sur l’air de Imagine de John Lennon : « Imagine qu’il n’y ait pas de pizza/Manger seulement des tacos, ou du Kentucky Fried/Imagine seulement des hamburgers, ce serait terrifiant et triste ».

D’autres voient en lui l’otage de l’industrie du tabac. Il est vrai que lorsqu’il dirigeait l’Association nationale des restaurants il s’est battu contre l’interdiction de fumer dans les restaurants. On voit alors en lui un irresponsable qui s’oppose à la lutte contre le cancer du poumon. Mais on s’étonne en même temps du fait que Cain puisse avoir une telle attitude alors qu’il a lui-même enduré et vaincu un grave cancer.

Quand on lui demande de s’expliquer sur cette annonce, Cain dit simplement que son collaborateur est comme çA, qu’il a fait un choix, il fume, et qu’il n’a rien à y redire. Il s’agit donc de défendre la liberté de chacun d’agir à sa guise et de faire un clin d’œil au Tea Party et à sa lutte contre le « nanny state », cet État maternant, qui s’occupe de ce qui ne le regarde pas. La cible est particulièrement bien choisie : en quelques secondes Cain s’en prend directement au « no smoking », cœur le plus universellement incontesté du politiquement correct.

Cet « Américain noir » ultra-conservateur, pour qui « la race ne compte pas », est décidément inclassable. C’est dans cette élection le seul « man with a plan », l’homme qui a un plan, une réforme fiscale radicale d’inspiration reaganienne. Ses origines très modestes, son allure et son accent populaires, dont se moque l’establishment politique et médiatique, sa réussite comme businessman, son authenticité (« Herman is Herman ») illustrent le « rêve américain ». Qu’il n’ait aucune expérience politique à Washington est évidemment un plus dans l’Amérique d’aujourd’hui.

Post-Scriptum de Marc Cohen : Qu’ajouter à cette réjouissante brève et à cette vidéo punkissime si ce n’est une hypothèse de travail of mine : et si l’ami Block faisait, avec sa clope, un clin d’œil appuyé à deux des films politiques les plus réussis de ces dernières décennies (à égalité avec Mars Attacks, Second Civil War et Starship Troopers, c’est dire !). A mon avis, cette cigarette pourrait bien être une référence implicite aux deux scènes finales de Escape from New-York et Escape from LA (New York 1997 et Los Angeles 2013 en VF) où John Carpenter fait de la cigarette le symbole des libertés disparues aux Etats-Unis, supprimées au nom du Bien et de la Morale et du Progrès par des présidents philistins.


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