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Handball : Karabatic joue et perd

Handball : Karabatic joue et perd

Le joueur de handballeur Nikola Karabatic à Montpellier

L’affaire des paris sportifs des handballeurs de Montpellier a pris une dimension supplémentaire ce dimanche. Alors qu’ils sortaient à peine du vestiaire après le match contre le Paris SG, quelques joueurs languedociens ont été invités par la police à se rendre sur le lieu de leur garde à vue. Ils sont soupçonnés d’avoir parié – ou invité des proches à le faire pour eux – sur un match joué à Cesson (35) en fin du championnat dernier. Evidemment, il ne s’agissait pas de parier sur la victoire des leurs, déjà assurés du titre de champion, mais plutôt sur une contre-performance. Si c’était avéré, il s’agirait de l’un des plus gros scandales du sport français, dépassant même la funeste affaire OM-VA.
A l’heure où nous écrivons ces lignes, certains joueurs auraient avoué avoir effectivement parié tout en niant avoir laissé filer le match dans le but de gagner des sous. Cette stratégie de défense ressemble fort à un foutage de gueule mais soyons néanmoins prudent. En effet, Maître Dupont-Moretti, qui défend Nikola Karabatic, lequel joueur était blessé le jour du match incriminé, est plutôt connu pour construire des stratégies gagnantes dans les tribunaux.

Cette affaire et sa couverture médiatique m’inspirent trois réflexions.
D’abord, le développement des paris sportifs et sa libéralisation, encouragés par la réglementation européenne, constituent une plaie pour le sport professionnel. Le fait, notamment, de pouvoir parier sur tout et n’importe quoi (le score à la mi-temps d’un match, le nom d’un buteur, la minute du premier but…) est une incitation à la tricherie. Le ministre des sports, Valérie Fourneyron, l’a fort justement remarqué. Nous l’incitons à dire le mot de Cambronne à Bruxelles et à revenir sur les mauvaises décisions prises sous le quinquennat précédent. Il faut impérativement limiter les paris sportifs aux résultats sur un panier de matches (la journée complète de championnat) et non sur des matches seuls, car il est beaucoup plus difficile de corrompre des joueurs de dix équipes que d’une seule. C’était le cas lorsque la Française des Jeux détenait le monopole des paris et qu’il fallait au moins dix bons résultats (victoire/nul/défaite) sur treize pour espérer gagner ses premiers euros.

Ensuite, la sanctification des gentils handballeurs par rapport aux très méchants – et trop payés – footballeurs a vécu. Les mauvais comportements ne sont donc pas en corrélation avec la médiatisation du sport ou de la grille des salaires. Cette histoire de paris n’est d’ailleurs pas la première dans laquelle se sont illustrés nos héros médaillés à Londres. Karabatic et ses copains, à la fois joueurs de Montpellier et de l’équipe nationale, avaient mis à sac le plateau de la chaîne L’Équipe.TV en août dernier. On imagine sans peine que si Nasri, Ménez et compagnie avaient fait de même, ils n’auraient pas fait l’objet de la même indulgence. Comme quoi le fait de ramener médailles et trophées à Paris excuse bien des comportements…

Enfin, on a été estomaqué par la vitesse de la chute de l’idole Karabatic dans le monde médiatique. En deux jours, ce joueur est passé de statut d’idole nationale à celui de « français d’origine serbe ». C’est en effet la qualité dont on l’affuble sur les chaînes d’info ou radios. Certes, on avait entendu la même chose avec Nasri, dont certains avaient rappelé l’origine. Mais, à juste titre, beaucoup avaient pointé une scandaleuse ethnicisation, rappelant que le patronyme du compère Ménez ne sonnait pas particulièrement exotique. Ce constat est doublement intéressant. Le « Serbe » continue d’avoir très mauvaise presse depuis l’éclatement de la Yougoslavie. Il incarne le méchant éternel, alors que le Croate, le Kosovar ou le Bosniaque sont forcément de gentilles victimes. La serbophobie, c’est autorisé. Ne demandez pas pourquoi, c’est comme ça.

Il est possible que j’en exige beaucoup. Demander à la fois qu’on s’assoie sur la législation communautaire, qu’on traite de manière égale footeux et handballeux et qu’on revoie la Serbie autrement qu’à travers les yeux de BHL, c’est beaucoup. Trop, sans doute…

*Photo : Petit Brun.


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