Bonne année, Goodyear!

Bonne année, Goodyear!

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Goodyear ne veut pas forcément dire bonne année. Huit salariés de l’usine d’Amiens-Nord ont été condamnés hier à vingt-quatre mois de prison dont neuf mois ferme. Ceux qui qualifient de laxiste la justice au temps de Christiane Taubira devront trouver d’autres  exemples pour étayer leurs thèses. On ne peut pas dire que la criminalisation du mouvement social et de l’action syndicale largement entamée sous la présidence Sarkozy se soit calmée sous Hollande. Faut-il, par exemple, rappeler l’arrestation en octobre, à l’aube, de six salariés d’Air France par la police de l’air et des frontières, à leur domicile, devant femmes et enfants? Le tout suivi d’une garde à vue de quatre-vingt-seize heures. Contrairement au célèbre déchemisage des hauts responsables de la compagnie aérienne dont les images tournaient en boucles sur les chaînes infos, histoire de souffler sur les braises de l’indignation devant tant de violence, on a eu assez peu de témoignages visuels de cette brillante opération de police qui consiste à traiter des syndicalistes comme des terroristes. On sait que cela ne s’est pas amélioré avec l’état d’urgence, mais c’est une autre histoire. Quoique. Ces mêmes salariés d’Air France ont été licenciés pour faute lourde le 12 novembre et lors du procès de Bobigny, le 2 décembre, soit pendant l’état d’urgence, la manif de soutien, qui a réussi malgré tout à réunir du monde, n’avait été autorisée que la veille par la préfecture à… 18h30.

Aux salariés de Goodyear, la justice reprochait la séquestration pendant trente heures du directeur des ressources humaines et du directeur de la production pendant trente heures. Trente heures de retenue contre neuf mois de prison. Les chiffres disent assez l’état du rapport de force sur le terrain social. Quand on pense qu’on nous rabat les oreilles avec la nécessité du dialogue du même nom, il y a une certaine ironie à constater que le dialogue se résume à : « Je te parle, tu m’écoutes et si t’es pas content, c’est direction Pôle Emploi ou pourquoi pas, la zonzon. » C’est que l’équivalence « classes laborieuses, classes dangereuses » mise en avant, il y a longtemps déjà, par le vieil historien de Paris Louis Chevalier, est manifestement toujours dans les têtes dirigeantes.  Comme devrait être présente dans les « têtes dirigées » l’idée qu’en France, historiquement, aucune conquête sociale n’a été obtenue autrement que par la lutte, la grève, voire la révolution. C’est pour cela qu’il est toujours amusant de voir les patrons déplorer l’archaïsme des syndicats quand eux-mêmes continuent à vivre sur la vision d’un « patronat de combat »  qui date du XIXème siècle et a été résumée dans les propos désormais bien connus de Warren Buffet : « La lutte des classes existe et c’est ma classe qui est en train de la gagner. »

Le verdict prononcé à l’encontre des salariés syndicalistes de Goodyear surprend par sa violence et sa sévérité – et pas seulement dans le monde syndical. « Sans précédent » et « inédite », voilà comment est qualifiée cette condamnation dans la presse généraliste. « Scandaleuse » pour la gauche et même « ignoble » pour le député FDG André Chassaigne.

En même temps, la gauche de la gauche n’a qu’à s’en prendre à elle-même. Ses divisions de chapelles, sa panne de leadership la rendent inaudible. On devrait pourtant de ce côté-là se souvenir de ce que disait Yvon Gattaz, le père de Pierre, sur le fait qu’on ne se comporte pas de la même manière envers les salariés dans un pays où le PCF est à 25% et dans un pays où il est à 5%.

Mais maintenant, comme on nous cesse de le seriner, le premier parti ouvrier de France, c’est le FN. On attend donc ses réactions de soutien. Ou alors, c’est que quelque chose nous a échappé.

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : AP21816337_000001.


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Jérôme Leroy est écrivain et membre de la rédaction de Causeur. Dernier roman publié: Vivonne (La Table Ronde, 2021)

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