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Lutter contre la glottophobie ne nous rendra pas nos identités régionales

Le projet de loi pas glop pas glop de Christophe Euzet

Lutter contre la glottophobie ne nous rendra pas nos identités régionales
Le député de la septième circonscription de l'Hérault Christophe Euzet, en 2018 © Alain ROBERT/SIPA Numéro de reportage : 00861817_000041

Le projet de loi contre les discriminations envers les accents chantant de province est un enfer pavé de bonnes intentions


Octobre 2018. Jean-Luc Mélenchon est sous tension, ciblé par la justice qui a ordonné la perquisition du siège de La France Insoumise. Le député de Marseille s’emporte face à un journaliste au fort accent du sud-est, répondant à une question gênante en l’imitant de manière pagnolesque et en sous-entendant que le malheureux ne s’exprimait pas en français, comme s’il se rangeait du côté de la prononciation normée de la France des élites qu’il se plaît pourtant à affronter – du moins, dans les ors de l’Assemblée nationale -. Depuis cet incident, la lutte contre la « glottophobie » ne cesse de s’intensifier.

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La première à frapper fut Laetitia Avia qui, réagissant à l’imitation de l’insoumis Marseillais, prétendit vouloir proposer une loi contre les discriminations linguistiques. Se faisant pour un jour la championne de la France de l’intérieur, Laetitia Avia questionnait alors Paris, ses médias et ses élites politiques : « Parle-t-on moins français avec un accent? Doit-on subir des humiliations si on n’a pas d’intonations standardisées ? Parce que nos accents sont notre identité, je dépose, avec des députés de la majorité, une proposition de loi pour reconnaître la glottophobie comme source de discrimination. (…) L’accent qu’il soit mosellan, ch’ti, du sud, parisien ou encore banlieusard est partie intégrante de l’identité de nombreux Français »

Laetitia Avia le 9 juillet 2019. SIPA, 00915665_000059
Laetitia Avia le 9 juillet 2019.
SIPA, 00915665_000059

Le lendemain, Laetitia Avia se ravisait. Peut-être consciente du ridicule de sa proposition ou de l’abondance de textes luttant contre les discriminations de toute nature dans le droit positif français, la députée prétendit avoir voulu donner une leçon à Jean-Luc Mélenchon. Son idée fit pourtant florès puisque ce qui n’était qu’une boutade est devenu une proposition de loi très sérieuse que porte désormais le député de la septième circonscription de l’Hérault, Christophe Euzet (Agir ensemble). Selon lui, les accents ont disparu à la télévision au profit du français standard. Dénonçant une pratique « monolithique du français » qui a fini par effacer les « aspérités de notre pays », réduisant la représentation des différentes régions du pays.

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Le constat dressé par le député Euzet est juste. Nous Français du sud-ouest – l’auteur de ces lignes est un natif de Toulouse doté d’un fort accent -, sommes par exemple plus visibles dans les émissions de cuisine et les talk-shows sportifs que dans les émissions de débats politiques. Dans le contexte particulier du rugby ou du cassoulet, notre accent apporte un supplément d’âme, une touche d’authenticité de bon aloi. Il sera en revanche suspect, voire ridiculisé lors d’une discussion plus sérieuse. Nous serons soupçonnés de ne pas être vraiment sérieux, ni même crédibles. Le seul avantage à cet état de plouc-émissaire est que nous pouvons dire les choses qui fâchent avec le sourire !

Pour autant, faut-il espérer d’une nouvelle loi au potentiel liberticide évident qu’elle vienne rééquilibrer la représentation régionale française dans les médias et les institutions ? Non. Cette proposition de loi est, comme souvent, un enfer pavé de bonnes intentions. Elle donne à la France centrale, celle des petites patries charnelles, l’occasion d’entrer dans la danse du ventre de la victimisation, d’avoir elle aussi son petit narcissisme communautaire, de prétendre qu’elle est « plus discriminée que les autres ». Un fort accent peut être un désavantage à l’emploi. Il faut le dénoncer au cas par cas, comme toute autre discrimination injuste. Ni plus, ni moins. Mais généraliser ces cas rares finirait par imposer des quotas de chtis, d’Alsaciens ou de Toulousains dans les émissions de radio, afin que tous les « accents soient présents à parts égales ».

Soyons fiers de nos accents. Ne nous laissons pas intimider, moquons-nous du Français pincé et standard comme eux se gaussent de nos R roulés à la façon des choux farcis de Philippe Etchebest. Nos accents ne sont pas des atouts à faire valoir pour se rapprocher du « populo » ou pour donner une image tronquée de France réelle. Le label rouge poulet jaune du Gers attribué à Jean Castex n’a pas changé ses orientations politiques. Lui et les autres doivent être jugés sur leurs actions et pas sur leurs caractéristiques ethniques, sociales ou linguistiques. Un accent ne fait pas de vous un être bon par nature… pas plus qu’une couleur de peau. Nos accents ne nous rendront d’ailleurs pas nos identités régionales, elles n’en sont qu’une petite survivance.


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Gabriel Robin est journaliste rédacteur en chef des pages société de L'Incorrect et essayiste ("Le Non Du Peuple", éditions du Cerf 2019). Il a été collaborateur politique

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