« Dérives intégristes au lycée catholique Gerson », a titré la presse ces derniers jours. Les faits ? Une association hostile à l’avortement (Alliance Vita) a qualifié l’IVG d’ « homicide » pendant un cours de catéchisme, dans un lycée privé. Ce qui, soit en passant, n’est pas une position intégriste, mais celle de l’Eglise depuis toujours.

À la suite de quoi la mairie de Paris s’est fendue d’un communiqué indigné où elle en appelle à la « neutralité de l’éducation scolaire ». Benoît Hamon, bien sûr, a diligenté une enquête.

Cette polémique a éclaté à la veille du vote au Sénat de la loi sur l’égalité femme-homme de Najat Vallaud-Belkacem, avouez que ça tombe bien. On va pouvoir encore une fois brandir l’épouvantail obscurantiste (incarné par l’Opus Dei, accusée d’avoir noyauté le lycée Gerson) pour mieux légitimer une loi qui comporte un volet se proposant de « banaliser l’avortement » (en supprimant notamment la clause de détresse), au motif que celui-ci serait en France, près de quarante ans après sa légalisation, menacé.

« L’IVG est un acte relativement courant dans la vie des femmes, puisqu’un tiers le fera dans sa vie, Pourtant le droit à l’avortement est encore perçu comme à part. Nous voulons en faire un droit à part entière et un acte comme les autres. »  déclarait ainsi Mme Bousquet « auteure » du rapport sur l’IVG remis à la ministre en novembre dernier. On pouvait y lire que l’accès à l’avortement était un véritable parcours de la combattante en France, et qu’il fallait urgemment contribuer à banaliser un acte encore perçu comme problématique. On ne peut que s’étonner de ce combat d’arrière-garde quand on sait que le nombre d’avortements en France se maintient à 200 000 par an depuis trente-huit ans, alors que les progrès de la contraception ont été immenses.

Mais les chiffres n’ont aucune importance pour les néo-féministes, pour qui tout est affaire de « domination symbolique». La légalisation de l’avortement, qui n’était qu’une concession faite au réel, a été idéologisée comme la revendication d’un droit absolu des femmes. Ainsi pouvait-on lire sur le blog de NVB en janvier 2013 « IVG : 37 ans après la loi Veil, mener la bataille idéologique pour garantir ce droit ».

Pourtant l’avortement n’est ni une bataille idéologique, ni un droit. Il suffit de relire le discours de Simone Veil à l’Assemblée Nationale en 1974 pour s’en convaincre, il n’y est pas fait référence une seule fois au mot « droit », mais à la nécessité de répondre à un enjeu de santé publique, celui de la mise en danger de la vie de milliers de femmes par des avortements clandestins pratiqués dans des circonstances épouvantables. « C’est à ce désordre qu’il faut mettre fin. C’est cette injustice qu’il convient de faire cesser. », déclarait Simone Veil à la tribune. Elle ajoutait « Je le dis avec toute ma conviction : l’avortement doit rester l’exception, l’ultime recours pour des situations sans issue. ».

D’ailleurs, la première phrase de la loi Veil ne laisse guère de place au doute : « La loi garantit le respect de tout être humain dès le commencement de la vie. », l’avortement étant précisé n’être que l’exception circonstanciée à ce principe fondamental.

Le problème des questions bioéthiques (que ce soit l’avortement, mais aussi l’euthanasie ou la filiation), est qu’il est impossible d’avoir une position cohérente sans adopter une position radicale. La position libertaire et la position religieuse sont les deux seules cohérentes sur la question. Mais elles sont dénuées de tout principe de réalité. La vision de Simone Veil, qui est celle du bon sens, était de lâcher du lest sur la cohérence idéologique pour en gagner sur l’efficacité politique en mettant en place un fragile compromis entre les droits de la femme et ceux de l’enfant à naître. Ce « moindre mal » est insupportable à nos ayatollettes qui voudraient que le droit vienne toujours célébrer une avancée ou interdire le règne des ténèbres.

La vision triomphaliste de l’avortement (avortement : un droit, mon choix, notre liberté proclament les affichent du Planning Familial) est contraire au bon sens. Personnellement je ne connais aucune femme qui ait vécu son IVG comme un « acte comme les autres ». Par contre j’en connais beaucoup pour qui sa banalisation est devenue une pression sociale,  et à qui on reproche leurs grossesses prématurées ou leurs familles nombreuses comme autant de « trahisons » à la sainte cause de la femme libérée.

Dans son premier discours de candidat en 2007, Sarkozy en appelait, entre des références à Zola et Victor Hugo, à la loi Veil qui « avait sauvé la vie de milliers de femmes » : il y avait eu des tonnerres d’applaudissements dans la salle. 7 ans après, le peuple de droite, radicalisé par des revendications sociétales provocatrices n’applaudirait plus à ce qui restait une avancée raisonnable.

 

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