Cinéphile et écrivain, Alfred Eibel raconte son amitié avec l’auteur de M le Maudit. Un régal ! 


Dans l’un de ses meilleurs films, Le Secret derrière la porte, Fritz Lang met en scène une jeune héritière qui s’apprête à épouser un inconnu. L’homme, un architecte, reconstitue et collectionne des chambres qui furent le théâtre de crimes célèbres. Il refuse cependant de montrer à celle qui s’apprête à devenir sa femme la chambre numéro 7. Voilà les meurtres qui furent commis, laisse-t-il entendre, voilà celui que j’ai commis – il a déjà été marié – et voici celui que je commettrai. Nous avons là l’essence du romanesque : de quels crimes suis-je coupable ? De quelles monstruosités suis-je encore capable ?

Alfred Eibel / Louis Monier/ Rue des Archives
Alfred Eibel / Louis Monier/ Rue des Archives

Intrigué, Alfred Eibel s’est introduit dans la chambre numéro 7 pour mieux percevoir cet univers glauque dans lequel Fritz Lang n’a pas cessé de patauger, un univers où les mensonges délibérés et une forme de sadisme viennois faisaient bon ménage. Alfred Eibel, lui-même d’origine viennoise, était le mieux à même de comprendre le vieux Fritz, qui l’invita dans sa villa de Palm Springs, à Hollywood. À quatre heures du matin, il plongea dans la piscine et observa les étoiles. Lang, à cette heure de la nuit, ne dormait pas encore. Les deux hommes assistèrent ensuite à la télévision au lancement d’une fusée à Cap Canaveral. Le vieux Lang martelait : « Il faut s’investir dans son époque : je l’ai toujours fait. »

« Surtout pas de survol, je méprise le survol ! »

Il ajouta soudain : « Avez-vous lu Faust de Goethe ? » Embarrassé, Eibel répondit : « Non,

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Décembre 2017 - #52

Article extrait du Magazine Causeur

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