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François Bayrou pense que c’est «l’opinion publique» qui gouverne les gouvernants

C’est bien pratique, pour qui n’assume pas ses responsabilités

François Bayrou pense que c’est «l’opinion publique» qui gouverne les gouvernants
François Bayrou chez Europe 1, 18 septembre 2022 / Capture d'écran Dailymotion

Nucléaire: comme le président Macron, le maire de Pau et haut commissaire au Plan estime qu’il ne faut pas le «chercher» sur ce sujet.


François Bayrou était l’invité du Grand Rendez-vous d’Europe 1/Les Échos/Cnews ce dimanche 18 septembre. Conformément à la tendance politique actuelle qui consiste à prendre les Français pour des triples buses, le haut-commissaire au Plan a déclaré, à propos de la fermeture de Fessenheim et de la politique globale des gouvernements français depuis trente ans sur le nucléaire : « C’est pas les gouvernants qui gouvernent les pays, c’est les opinions publiques qui gouvernent les pays. […] L’opinion publique était archi-contre le nucléaire, tout le monde était contre le nucléaire, toutes les forces politiques étaient contre le nucléaire. » Il avait beau avoir prévenu avant de tenir ces propos hallucinants – « Je vais dire quelque chose de bizarre. » – on reste quand même pantois devant le culot de cet homme qui, à l’en croire, a été le seul homme politique, voire le seul Français, à être pour le nucléaire quand tout le monde était contre, selon lui.

Le poids grandissant et l’influence des Verts sur nos gouvernants

Hormis le fait que « l’opinion publique » n’a jamais été « archi-contre » le nucléaire, doit-on rappeler à François Bayrou de quelle manière et par qui a été travaillée au corps cette « opinion publique » contrainte de subir pendant de nombreuses années la propagande écologiste anti-nucléaire.

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Les écologistes français, toujours prompts à singer les Verts allemands et à écouter l’insupportable donneur de leçons Daniel Cohn-Bendit, mènent campagne depuis toujours contre cette énergie peu chère, propre, et qui assure l’indépendance énergétique de la France. Tous les moyens sont bons. Après 1986, les Verts européens utiliseront sans vergogne la catastrophe de Tchernobyl pour affoler et manipuler les foules. Puis, sous la pression des Verts qui participent à la victoire de la « gauche plurielle » lors des élections législatives de 1997 et de Dominique Voynet, Ministre de l’Aménagement du territoire et de l’Environnement, le gouvernement du Premier ministre Lionel Jospin fera définitivement capoter le programme du prometteur surgénérateur Superphénix (1). En novembre 2011, Martine Aubry et Cécile Duflot se rencontreront pour valider un “accord politique de majorité parlementaire” entre le PS et EELV pour les élections de 2012. Cet accord stipulera la fermeture de 24 réacteurs dont, prioritairement, ceux de Fessenheim (2). Lors du débat contre Nicolas Sarkozy, François Hollande justifiera la future fermeture de Fessenheim en parlant de l’ancienneté de la centrale – sauf qu’au début des années 2000, EDF a investi 550 millions d’euros pour remplacer la plupart des composants majeurs du site, faisant ainsi de Fessenheim une des centrales les plus sûres du parc nucléaire français, au dire des experts. Le candidat socialiste jouera également sur la corde sensible « Fukushima » déjà utilisée par les Verts en évoquant la proximité d’une zone sismique – sauf que les réacteurs de la centrale de Fessenheim sont prévus pour résister à un tremblement de terre de magnitude 6,7, c’est-à-dire un tremblement plus puissant que celui de Bâle en 1356, le plus fort jamais ressenti en Europe centrale (3). Mais c’est Emmanuel Macron qui entérinera la décision de la fermeture de Fessenheim, laquelle sera effective le 22 février 2020. Incapable de reconnaître son erreur, agacé par les vérités assénées par l’actuel PDG d’EDF Jean-Bernard Lévy rappelant les désastreuses décisions gouvernementales, Emmanuel Macron reprend aujourd’hui grosso modo les mêmes arguments fallacieux que ceux de son prédécesseur et demande gracieusement qu’on ne vienne pas le « chercher » sur ce sujet.

Communistes et droite dépassés par les « progressistes »

Avant 2011, date du tsunami à Fukushima, « l’opinion publique » française est majoritairement pour le nucléaire. À l’époque, pourtant, les gouvernants ne semblent guère à l’écoute de « l’opinion publique » et le projet de destruction du programme nucléaire français est déjà dans les tuyaux. Quant aux partis politiques, à l’inverse de ce que prétend François Bayrou, seuls les Verts (par idéologie), les socialistes et l’extrême-gauche (par calcul électoraliste) ont très activement participé au démantèlement de l’expertise nucléaire française. Le PCF s’y est toujours opposé (1), ainsi que la majorité des représentants politiques de droite. Lors des élections présidentielles de 2012, devant les ingénieurs et les ouvriers de la centrale de Saint-Laurent-des-Eaux, Nicolas Sarkozy prévient : « Si vous voulez défendre le nucléaire, c’est maintenant qu’il faut se mobiliser parce qu’après, ce sera trop tard. […] Depuis 60 ans, le nucléaire fait l’objet d’un consensus, ce consensus a été brisé dans des conditions scandaleuses par un accord électoral entre des gens sectaires (François Hollande et le PS, Eva Joly et EELV) qui profitent de l’accident de Fukushima pour jouer sur les peurs et pour casser le nucléaire français ». Lors de la campagne des dernières élections présidentielles, le candidat Jean-Luc Mélenchon promettait, lui, une sortie complète du nucléaire en 2045. Ceci dit, il progresse : un an auparavant, au micro de France Inter, il plaidait pour une sortie totale du nucléaire en… 2030.

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Si « l’opinion publique » gouvernait les gouvernants, comme le prétend M. Bayrou, le nucléaire, fleuron technologique français, ne serait pas dans la difficile situation où il est aujourd’hui ; le traité sur la Constitution européenne n’aurait pas pu être ratifié par le parlement après que les Français avaient voté contre ; les autoroutes n’aurait pas été vendues à vil prix à des sociétés privées rapaces ; EDF n’aurait pas été découpé en tranches sous la pression de la Commission européenne (et donc de l’Allemagne) et nous n’aurions pas aligné le prix modéré de notre électricité sur celui du gaz européen ; Alstom n’aurait pas été vendu à l’américain General Electric ; les flux migratoires auraient considérablement diminué et les déboutés du droit d’asile ainsi que les délinquants étrangers seraient renvoyés manu militari dans leurs pays ; la France ne se laisserait pas dicter la conduite de sa politique par Mme Ursula Von der Leyen, par la chancellerie allemande ou par la diplomatie américaine. Si « l’opinion publique » gouvernait les gouvernants, Emmanuel Macron inscrirait dans le marbre son plan d’urgence et d’envergure pour relancer définitivement le nucléaire français – d’autant plus qu’après les premières annonces sur la construction de six EPR (dont le début du chantier du premier d’entre eux est prévu en 2028), le GIFEN (Groupement des Industriels français de l’énergie nucléaire) estime nécessaire le recrutement de 4000 ingénieurs par an auxquels devront s’ajouter des milliers de calorifugeurs, soudeurs, chaudronniers, mécaniciens, techniciens, etc., qui restent à former (4) : un dernier sondage confirme en effet que les Français ont compris l’intérêt énergétique, économique, écologique et géopolitique d’une énergie nationale reposant principalement sur le nucléaire. 75 % de nos concitoyens soutiennent cette énergie et 65 % sont favorables à la construction de nouveaux réacteurs (5). Espérons que M. Bayrou a raison et que nos gouvernants sauront se laisser gouverner par une « opinion publique » qui refuse catégoriquement le catastrophique scénario énergétique germanique qui fait que l’écologique Allemagne, entre autres aberrations, émet dix fois plus de CO2 par kilowatt-heure produit que la France (6).

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(1) Les Échos, article du 4 février 1998 : La majorité plurielle est très divisée sur la fermeture de Superphénix.

(2) Le Point, article du 15 novembre 2011 : Aubry et Duflot se sont rencontrées pour valider l’accord entre le PS et les écologistes.

(3) Challenges, article du 21 février 2020 : Fermeture de Fessenheim, chronique d’une mort annoncée.

(4) Le Figaro, article du 10 février 2022 : Ces profils dont la filière nucléaire a plus que jamais besoin pour se relancer.

(5) Transitions & Énergies, article du 20 septembre 2022 : Sondage, 75 % des Français maintenant favorables au nucléaire.

(6) France Inter, mardi 27 novembre 2018 : L’Allemagne émet-elle vraiment dix fois plus de gaz à effet de serre que la France ?


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Amateur de livres et de musique. Dernier ouvrage paru : Les Gobeurs ne se reposent jamais (éditions Ovadia, avril 2022).

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