Comment incarner les « viles » tentations de notre société marchande dans un personnage, un roman, une vie – au sens poétique du terme ?


L’avantage d’un gros livre – celui-ci compte 486 pages –, c’est qu’il instaure de gré ou de force un compagnonnage, une proximité intense et fugitive, comme avec un inconnu qui vous oblige à l’écouter le temps d’un voyage en train. On en conservera de belles envolées s’il est éloquent – c’est le cas. On se quittera bons amis en se promettant sans illusion de se revoir.

On peut lire La Poursuite de l’idéal comme on lit Les Illusions perdues, un roman de formation qui tourne mal, et en savourer la morale amère : vivre, c’est être inférieur à soi-même. Quelque chose se sépare de nous jour après jour, quelque chose nous quitte. Est-ce cela, une jeunesse ? Un renoncement, une désertion, un déclin – tout ce qui en soi déjà capitule ?

A lire aussi, sur le même livre: Patrice Jean, romancier minutieux de la société progressiste

Né dans la proche banlieue de Paris, issu de la classe moyenne, Cyrille Bertrand songe moins à parvenir qu’à se distinguer de la foule – s’il rêve d’acquérir le renom d’un poète, est-ce seulement pour épater un camarade d’enfance ? On ne saura rien de ce qu’il veut et presque tout de ce qui le ronge. On ne partagera pas toutes ses naïvetés, ni ses émois, et cela n’a aucune importance ; on devient peu à peu curieux de sa solitude plus que de ses goûts.

Son admiration pour les poètes-voyageurs en col dur et bottines, He

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Mars 2021 – Causeur #88

Article extrait du Magazine Causeur

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