Je ne me rappelle plus quand je suis devenu passible de l’accusation de racisme, mais je dois me rendre à l’évidence : en observant ce que notre société dénonce et condamne aujourd’hui comme tel, je réponds aux critères. Cela n’a pas toujours été le cas.

J’en garde un vague souvenir mais, vers l’âge de 12 ans, j’ai été bouleversé par la lecture de Black Boy, histoire d’un petit garçon noir grandi aux États-Unis écrite par Richard Wright, dans laquelle je m’étais plongé un peu par erreur, confondant l’auteur avec son homonyme, clavier des Pink Floyd. L’un des premiers romans où je trouvais un frère, une âme proche, l’histoire d’une solitude, d’un isolement qui avait touché l’adolescent introverti que j’étais alors. Plus tard, je découvris Chester Himes, dont je lus quelque temps les enquêtes policières menées par ses deux fameux gros flics de Harlem, avant de réaliser, avec ses récits plus autobiographiques, dont S’il braille, lâche-le !, témoignage poignant d’un racisme vécu, que l’auteur était noir. Je me souviens encore d’un voyage en Afrique, des pistes du Bénin et du Niger où, tassé dans un taxi-brousse avec beaucoup plus d’Africains que le minibus pouvait en contenir, j’étais ballotté et ravi. Enfin, je n’oublie pas les nombreux compagnons de travail noirs ou arabes croisés sur des chantiers, le lien tissé sans dire un mot par le labeur partagé, infiniment plus engageant que celui qui me rapprochait du client ou de l’architecte, pourtant « frères » de couleur. Étais-je raciste alors ? Sans doute non. Le suis-je devenu ? À entendre les antiracistes, il semblerait que oui.

*Photo : islamicus

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