L’Assemblée nationale a voté un texte qui prévoit notamment la fin de la première année commune aux études de santé (PACES) et du numerus clausus. C’est une bonne nouvelle: la sélection est nécessaire mais doit se faire différemment. 


Bouleversement en vue pour les études de médecine. On a envie de crier : enfin ! Enfin le système qui broie les vocations et lamine les personnalités, entretenant l’amertume chez les uns et la pénurie chez les autres, ce système néfaste, inhumain et injuste, va être réformé !

Mieux vaut plus mais mieux

Passé l’enthousiasme l’initial et les velléités de table rase, il faut examiner ce qui doit être fait. Et ce, sans parti pris idéologique ni refus des questions qui fâchent. Sans doute faut-il former plus de médecins, mais surtout les former mieux. L’examen de ce qui se fait ailleurs – dans d’autres secteurs que la médecine et dans d’autres pays que la France – peut ici nous aider.

Première évidence : il ne peut être question d’ouvrir la profession à tous ceux qui, à 18 ans, à peine sortis d’une école secondaire dont on connaît les limites, émettent le souhait d’être médecin, sans s’assurer qu’ils en ont les capacités intellectuelles et morales. Capacités intellectuelles : cela va sans explication ; capacités morales : il ne faut pas entendre ici la simple gentillesse dans laquelle on voit aujourd’hui « l’humanité », mais plutôt le courage, l’énergie, l’opiniâtreté, le fait de prendre sur soi, de s’imposer rigueur et détermination dans le travail. À cet âge, cela se concrétise par la disposition à étudier sans relâche et, quoi qu’on en dise, l’aptitude à préparer et réussir un concours est une bonne façon de le vérifier – les étudiants en classe préparatoire en savent quelque chose.

Une sélection, des sélections

Ainsi, ouverture du numerus clausus ne doit pas signifier absence de sélection. Cette sélection indispensable, il faudrait dans l’idéal l’avancer avant l’entrée dans le supérieur. On éviterait ainsi d’entretenir les jeunes qui n’ont pas les qualités requises dans une illusion préjudiciable à leurs véritables intérêts, et on pourrait concentrer les efforts sur ceux dont le projet a des chances d’aboutir. Une présélection sur dossier serait sans doute la modalité la plus efficace. Là encore, des pistes sont à trouver dans ce qui se fait pour les classes préparatoires.

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Mais la sélection précoce ne doit pas se transformer en couperet. Si le concours actuel est vécu de façon si dramatique, c’est qu’il est irrémédiable. En cas d’échec, l’espoir de devenir médecin est brisé pour toujours, ce qui est terrible pour ceux qui se sentent une forte vocation. Il faut donc une deuxième chance. Celle-ci devrait permettre la maturation de certains jeunes qui ont besoin de plus de temps pour réaliser pleinement leur potentiel. Il faut donc développer les admissions dites « alter PACES » (première année commune aux études de santé), qui se font au niveau bac+3. Des étudiants motivés devraient pouvoir intégrer la deuxième année de médecine après une licence de biologie, une école d’ingénieur (agronomie ou vétérinaire par exemple), un institut de formation en soins infirmiers ou une école de kinésithérapie. Modalité d’admission qui ressemblerait à ce qui se fait dans la plupart des autres pays, notamment aux États-Unis, où on ne commence sa médecine qu’après le cycle généraliste « undergraduate ». Autre intérêt de l’alter PACES, la diversification des profils des nouveaux médecins, que ce soit sur le plan social ou psychologique.

Un projet réaliste ?

Ouverture du numerus clausus, présélection et passerelles entre filières sont donc les moyens pour desserrer l’étau qui comprime les aspirants médecins. Restera à absorber les flux… Ici la bonne volonté ne suffira pas. À l’heure des réductions budgétaires dans les universités et les hôpitaux, cet autre débat risque d’être la pierre d’achoppement qui menace un projet éminemment honorable.

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