Erdogan aux funérailles de Mohamed Ali. Sipa. Numéro de reportage : AP21907680_000001.

Les obsèques de Mohamed Ali auront été l’occasion de rendre hommage à ce boxeur génial et personnage quasi-historique, mais aussi de révéler au monde la véritable identité du président turc, Recep Tayyip Erdogan. Ce dernier s’était invité aux funérailles de celui qu’il devait percevoir comme un dynamiteur de l’empire impérialiste-mécréant américain.

Un show évité

Dans l’un de ses accès de mégalomanie provocatrice et arrogante, il voulait, sur la terre américaine, faire un show de prédicateur appelé à commander les croyants, les vrais. Il ne s’est jamais agi pour Erdogan de s’incliner sincèrement sur la dépouille d’un homme qu’il aurait respecté. Erdogan ne respecte pas grand-monde, c’est un euphémisme. Et la seule chose qui peut véritablement parler à celui-ci dans la personnalité et le parcours inclassable, génial, et parfois poétique, d’Ali, est sa déclaration cultissime : « Je suis le plus grand, j’ai choqué le monde », après sa victoire contre Sonny Liston le 25 février 1964. Erdogan aussi est persuadé d’être le plus grand, et s’applique à choquer le monde. La comparaison, et la complicité, entre les deux hommes, s’arrête là.

Les actes que Recep Tayyip Erdogan voulait accomplir, offrir un morceau de la Kiswa (étoffe noire brodée de versets coraniques recouvrant la Kaaba de La Mecque) et le poser sur le cercueil de Mohamed Ali, prendre la parole et lire des versets du Coran à la cérémonie, relevaient du pouvoir symbolique attribué du Calife d’une nouvelle Sublime porte qu’il rêve de ressusciter. En étant moins charitable, on pourrait y voir un petit vizir mauvais comme un roquet qui voudrait être calife à la place du calife…

Peur de croiser Gülen

Mais puisqu’on lui a refusé la possibilité d’accomplir ces actes symboliques, le service de sécurité du président turc, aussi arrogant que lui, s’accroche avec les hommes du Secret Service américain chargés d’assurer la sécurité des personnalités, et le vrai visage d’Erdogan apparaît soudain, au détour de sa bouderie capricieuse et méchante qui le fait décider de reprendre l’avion et rentrer chez lui « puisque c’est comme ça… » : c’est celui d’Iznogoud, le personnage de bande dessinée inventé par Goscinny et Tabary, que ceux qui sont nés avant Internet connaissent tous, le petit vizir aussi vicieux que teigneux qui passe son temps à ourdir des complots pour devenir Calife à la place du Calife… et à piquer des crises de nerfs à chaque fois qu’il échoue.

Iznogoud aura donc raté sa rencontre posthume avec Mohamed Ali. Tant mieux pour la mémoire de ce dernier, qui était un hâbleur, un bluffeur, un poète, un comédien et un boxeur génial. Il se dit aussi que la présence aux obsèques de Fethullah Gülen, le chef de la confrérie clandestine éponyme d’inspiration soufie, autrefois alliée et maintenant ennemie jurée d’Erdogan, annoncé parmi les invités, aurait participé de la décision du président turc de prendre la sortie. Gülen n’est finalement pas venu, avançant des raisons de santé. Mais quand même : Iznogoud aurait-il eu peur du face à face avec le calife de l’ombre ?

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Pierre Brunet
est écrivain.
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