Réactiver le clivage droite/gauche ne sert à rien. Pour combattre Macron, il faut être plus macronien que le macronisme: réunir une opposition de droite « et en même temps » de gauche.


Un excellent article du Monde signé d’un estimable constitutionnaliste, Alexandre Viala, se penche sur cette nouvelle maladie politique : le macronisme. Maladie diagnostiquée dans des termes quasi identiques par tous les cliniciens, venus de gauche ou de droite, scrutant notre Olympe. M. Viala note que ce gouvernement s’en remet à des sapiteurs, censés tout savoir sans que l’on ait le droit d’en douter;  une pensée unique et thatchéroïde. D’où le nom d’épistocratie, gouvernement non pas de savants mais des sachants.

J’ai aimé cet article et j’y adhère à 99%. Quid du 1% de divergence ? Une partie de la conclusion où il est écrit que « seule la revitalisation du clivage entre une droite et une gauche de gouvernement, proposant deux alternatives irréductibles l’une à l’autre pourrait déjouer ce scénario que la « révolution » issue des urnes du printemps est en train d’écrire au péril de la démocratie… ». Si je suis d’accord sur le péril je suis plus sceptique sur la façon d’y échapper. Je ne crois pas cette revitalisation possible à court terme; de surcroît je ne la crois pas souhaitable, ne fut-ce que pour pouvoir fédérer rapidement des forces de résistance : nous n’avons pas 5 ans.

L’union des clercs…

Voici mon idée. Face à un personnage qui irrite les 2/3 des Français et réunit contre lui la totalité des intellectuels de haut niveau, de droite comme de gauche, articulant pratiquement les mêmes griefs, il faut réunir les mécontentements. Macron se dit ni de droite ni de gauche ? Que nos intellectuels se disent eux – comme le regretté Maurice Allais – et de droite et de gauche. Là sera la véritable antinomie du macronisme. Car reconstituer la droite et la gauche serait diviser l’opposition en deux, donnant un abonnement élyséen à Macron pour 10 ans. D’autant que les extrêmes viendraient encore affaiblir les forces d’opposition: c’est le pattern actuel de 4 partis sans espoir de les voir s’unir et donc d’accéder au pouvoir, alors que la grise cohue En Marche ne représente, en étant optimiste, que 25 à 35% des Français… De plus si on devait reconstituer (ce qui n’est guère envisageable, vu leur état) la droite et la gauche il faudrait d’abord changer le système électoral qui a permis d’ériger en duopole le PS et l’UMP; puis leur éloignement du peuple et la faillite consécutive.

De surcroît et surtout, un clivage plus important que « droite/gauche », et qui le transcende, est apparu depuis 25 ans, provoqué par un phénomène très récent et inédit de notre histoire: la mondialisation et l’Europe fédérale. Cette scissure (souverainistes versus soumissionistes) dépasse désormais en importance la vieille opposition droite/gauche. Et il faut bien reconnaître que la mondialisation, et l’Europe fédérale qui en est l’instrument, sont à la fois contre la gauche par la doxa économique et sociale; et contre la droite classique par sa tentative d’abolir les nations comme cadre historique où se prennent démocratiquement les décisions et où se transmettent les valeurs morales et culturelles.

…d’accord pour être contre

Or, si on observe la majorité d’idées qui s’est constituée, puis coagulée, petit à petit depuis 3 mois, elle transcende la gauche et la droite. Il est frappant de voir que tous ceux qui ont écrit sur Macron (Taguieff, Finkielkraut, Onfray, Bellamy… ajoutons-y des chroniqueurs et polémistes comme Zemmour et Polony)disent des choses assez proches… Anti-Bruxelles, anti-mondialisme, anti-OTAN, anti-immigration de masse et anti-islamisme, anti-économisme et financiarisme, anti-ubérisation. Farouchement anti tout ce que représente Macron.

Et ce puissant courant est pro-démocratie participative (proportionnelle et referendum), alter-européiste, alter-mondialiste, pro-frontières intelligentes, souverainiste, partisan de la « monnaie pleine » (et monnaie commune), de la participation dans les entreprises, de la défense de l’agriculture et de l’industrie, d’une école d’excellence où l’on acquière les outils de la pensée et de l’expression. Bien sûr il y aura des nuances, peut être une nouvelle droite et une nouvelle gauche, souverainistes, humanistes, sociales, mais acceptant à nouveau, pour la première fois depuis 1790, une éthique commune, celle de la Fédération.

Une alternance ne sera possible que parce qu’elle aura été théorisée par des penseurs hors du désordre politicien. En quelque sorte une « contre-épistocratie » de vrais savants sans ambition autre que celle de servir de référents désintéressés; en opposition à la « fake épistocracy » de sous-intellectuels, techniciens aux ordres. Aux ordres de qui prétend détenir une « pensée complexe » là où il n’y a qu’une prétention, certes habilement présentée et, au fond, un « complexe de la pensée ». Citer à tort et à travers des auteurs fait cultivé, mais n’est pas penser. Cette symphonie d’un « nouveau monde » vaticiné s’avérera vite n’être qu’un « jingle » commercial crispant car répétitif et inefficace.