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J’en ai assez de Proust…

Mais aujourd’hui je vais faire une exception

J’en ai assez de Proust…
L'écrivain Marcel Proust (1871-1922). D.R.

Le Proust de la semaine 


« Toute vie profonde a une façon incompréhensible de toucher au réel que l’explication défigure. » Mot que je cite souvent, d’André Beucler dans La Ville anonyme (Gallimard). Donc ? Pas de Proust, le mot. Je précise cela parce que, à rebours de ce siècle de 22 ans qui semble résumer le XXème à trois ou quatre écrivains (Proust, Céline, Beckett, Artaud, par exemple, ou Genet), je ne veux pas oublier. Tel mot de Beucler (donc), tel autre d’Henri Thomas, tel autre d’Armand Robin, ont joué un rôle aussi important dans certaines vies que tel mot de Proust ou tel mot de Céline ou de Beckett. Et la littérature, qui est bien une affaire de mots, sert à cela d’abord : transcrire, traduire ; faire office – comme tant de mots de Stendhal, de Drieu, de Botho Strauss ou de Fitzgerald, de Chardonne, de Gary ou d’Aragon – de béquilles pour le lecteur boiteux, par nature (il suffit de naître pour boiter, c’est à cela que l’on reconnaît qu’on est vivant).

Bref, il y a une incompatibilité viscérale entre les aventuriers, à l’affût de l’expression de chaque sensibilité artistique, persuadés que chacune recèle un secret à… déceler ; et les spécialistes, qui passent leur vie à creuser le même sillon, bien balisé (100 ans pour Proust !) : zéro aventure, zéro risque, les bourgeois de la littérature ne sortent jamais des sentiers battus… et rebattus. Paresse, panurgisme et incuriosité les définissent. Ils ne découvrent, donc, par le fait, jamais rien. Ils entérinent, inspecteurs des travaux finis – la belle affaire, le beau mérite ! On les plaint. Lire est une aventure : trop l’oublient ou le négligent, réfugiés dans un confort qui leur ressemble – informe.

A lire aussi, Julien San Frax: Robert de Montesquiou, le «baron de Charlus» dans le texte

Donc, évidemment, de quoi vais-je parler aujourd’hui ? De Proust. Drôle, non ? J’ai, de fait et par exception, choisi de ne pas ignorer le délicieux abécédaire que Dominique Defer (auteur d’une thèse sur « Proust et l’architecture initiatique », chez Champion) consacre aux « plaisirs dans A la recherche du temps perdu ». Parce que je revendique, comme Baudelaire, « le droit de (me) contredire ». Parce que ce petit livre est publié par une maison très valeureuse – et trop méconnue : les éditions Le Murmure, emmenées par deux « aventuriers », David Demartis et Jérôme Martin (que je ne connais pas – mais qui font un travail épatant, et de fond). Parce que si les plaisirs évoqués nous rappellent parfois ceux distingués par l’ami Michel Erman dans ses Bottins, ils les complètent plus qu’ils ne les répètent. Donc, oui, vous pouvez vous précipiter – exceptionnellement – sur le Proust de la semaine : il est frais et rafraichissant. Une soixantaine de plaisirs – répartis selon les sens, l’esprit, la fortune, le cœur, la société, le mal, le langage – fabriquent un vade-mecum aérien, érudit, buissonnier et inspiré qui, bien sûr, nous reconduit à la Recherche, un des livres importants du XXème siècle. Voilà – et maintenant, comme Baudelaire toujours, je revendique « le droit de (m’) en aller ». Bonne lecture.

Les Plaisirs dans « A la Recherche du temps perdu », de Dominique Defer, Le Murmure, 152 p.

Dictionnaire des plaisirs dans A la recherche du temps perdu

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Né à Paris en mai 1968. A collaboré ou collabore à La NRF, Esprit, Commentaire, La Quinzaine littéraire, Le Figaro littéraire, Service littéraire, etc.. A publié récemment "Bréviaire capricieux de littérature contemporaine pour lecteurs déconcertés, désorientés, désemparés" (Editions de Paris, 2018) et "Bien sûr que si !" (Editions de Paris, 2020)"

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