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Dominique A et Daran chantent une nouvelle Terre promise

Dominique A et Daran chantent une nouvelle Terre promise

dominique daran californie

Avant, les chanteurs francophones nous transportaient par de belles mélodies sur les thèmes de la douce France, l’amour avventura, la route hippie, l’Amérique des rêves sunlightés et autres dernières séances de l’ancien monde : ça, c’était avant. Maintenant, les chantistes transportent avec eux de « belles valeurs », comme les candidats des émissions de télé-réalité en quête de plans de survie, comme le premier gouvernement socialiste venu. D’ailleurs, le survivalisme n’a jamais été aussi tendance qu’aujourd’hui. Et devant l’effondrement civilisationnel et générationnel annoncés en France (Cf. le clip « Toute une vie » des Enfoirés), une seule solution paraît porter en elle tous les espoirs de nos compatriotes encore dotés d’un cerveau et d’une once de clairvoyance élémentaire : la fuite vers le Canada, et plus précisément la province de Québec, même en rêve ! « Il y a des rêves qu’on ne refuse pas », chante Dominique A sur son nouvel album rayonnant, à propos du Canada. Cette chanson poétiquement politique, barque émotionnelle écrite au fil de la rivière de ses songes ou sur les bords du fleuve Saint-Laurent, nous donne – en mode « repeat » dans le lecteur – des envies répétées de Downtown Ottawa. Et de glissades vers ce paradis blanc, ce Monde perdu pour reprendre le titre du dernier disque de Daran, chanteur français – auteur du remarqué « Dormir dehors » dans les années 90 – parti s’exiler au Québec il y a quelques années. « La morosité européenne pousse beaucoup de jeunes Français vers le Québec », affirme le musicien exilé. Tu m’étonnes ! Rien qu’une série télé familiale québécoise comme Les Parent suffit à donner des envies d’expatriation, c’est dire…

Mais revenons à la musique : sur le Daran, pas grand-chose à dire du parti pris acoustique assez plombant sur la longueur, faute au format guitare-voix-cafard adopté sur les onze titres. Des réussites comme « Gens du voyage », « Des portes » et « Gentil » ne suffisent à sauver l’ensemble, un petit côté Francis Lalanne barbant l’écoute par endroits, quand un vent mauvais d’improbables incantations à la Cantat ne vient pas nous raser de frais. Reste l’album de Dominique A, pur joyau touché par la grâce – du « Cap Farvel » (morceau d’ouverture) à « Oklahoma 1932 » (titre de fermeture) – invitation aux voyages en solitaire d’un itinérant de la langue et des musiques en faïence fine, aux chatoiements classiques et pop. Certains esprits chagrins le qualifient déjà de « trop variétoche », la bonne blague. Certes, « Nouvelles vagues » a bien un arrière-goût de Calogero et « L’océan » sonne comme un Julio Iglesias en pleine possession des eaux dans un océan de femmes, mais il n’y a là que classe ultime. On pourrait aussi citer les Nits pour les mélodies mélancoliques et radieuses que peut évoquer ce recueil. Dominique A s’est délesté de la tension oblique qui traversait en gage de qualité indé ses précédents albums et la lumière d’Éléor fut. Puissent les radios bénir nos oreilles en diffusant un peu de ces douceurs oniriques et ce « Par le Canada » à l’éloquence si puissante, au souffle si fifties. À chaque vocifération radiophonique du Premier ministre, les ondes devraient passer automatiquement un Dominique A derrière, pour l’équilibre du ton de parole (et remonter l’audimat).

Daran, Le Monde perdu, Washi Washa

Dominique A, Éléor, Cinq 7/Wagram Music

*Photo : wikicommons.

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est l'auteur de nombreux ouvrages biographiques, dont Jean-Louis Murat : Coups de tête (Ed. Carpentier, 2015). Ancien collaborateur de Rolling Stone, il a contribué à la rédaction du Nouveau Dictionnaire du Rock (Robert Laffont, 2014) et vient de publier Jean-Louis Murat : coups de tête (Carpentier, 2015).

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