« Aux jeunes qui partent en Syrie, je veux dire qu’il y a 1 000 combats à mener dans la République, pour la France. » Le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve, plein de sollicitude pour les apprentis djihadistes, tenait ce discours d’assistante sociale au printemps dernier sur Twitter. Depuis, la France a appris à connaître ses enfants perdus dans les bras de l’État islamique, avec son cortège de vidéocrimes scénarisés et d’esclaves sexuelles.

Convertis ou musulmans de souche, profil Maxime Hauchard ou Mehdi Nemmouche, ces sauvageons à barbe ne se contentent plus de mots, ils passent à l’acte.

Samedi 20 décembre, la France a découvert l’existence de Joué-lès-Tours, petite bourgade où Bertrand Nzohabonayo alias « Bilal » a attaqué un commissariat au couteau, sans faire de victime heureusement. Le jeune homme d’origine burundaise, notoirement inconnu des services de police comme s’est empressé de préciser la Place Beauvau, affichait le drapeau de l’État islamique sur son compte Facebook. Dans la foulée, son frère, islamiste fiché par la DGSI, se faisait ceinturer à Bujumbura, capitale de leur pays natal. La fratrie Nzohabonayo, convertie à l’islam depuis plusieurs années, montrait des signes extérieurs de piété, jusqu’au prénom Bilal, hommage au premier muezzin de l’islam, un esclave abyssin que Mahomet aurait affranchi et tiré des griffes du paganisme. Diagnostic du docteur Cazeneuve : « L’enquête révélera quel était son état psychologique (…), il semblait quand même à la fois très mystérieux, très déstabilisé, peut-être aussi par des circonstances familiales.» 

Moins de vingt-quatre heures après l’attaque de Joué-les-tours, le conducteur d’une voiture folle fonce dans la foule et renverse une dizaine de piétons à Dijon, aux cris d’« Allahou Akbar » (Dieu est le plus grand). Justifiant son acte par la souffrance des enfants palestiniens et tchétchènes, ce dingue pas très doux maîtrise parfaitement la rhétorique de l’islamiste postmoderne, puisqu’il accomplit son djihad pour venger le « martyre » des populations musulmanes « opprimées ». Son CV psychiatrique chargé – plus de 150 internements en dix ans – prouve qu’on peut être totalement frapadingue sans renier son credo islamiste. Bernard Cazeneuve et Manuel Valls ont insisté sur la dimension pathologique de ces actes qui n’ont bien évidemment « rien à voir avec l’islam ». Et des brumes de Saint-Pierre-et-Miquelon, François Hollande nous a exhortés à « ne pas céder à la panique, aux amalgames ». On le sait bien, le principal péril qui menace la France n’est pas le djihadisme, mais l’amalgamisme. Or, ce péril, un homme l’incarne et le nourrit : Éric Zemmour, voilà l’ennemi !

De Manuel Valls à Edwy Plenel, les princes qui nous gouvernent psychiatrisent volontiers les idées qui leur déplaisent, fussent-elles partagées par des millions de Français. S’ils câlinent les jeunes djihadistes, victimes selon eux de leur propre folie, ils montrent beaucoup moins d’indulgence pour d’honnêtes citoyens dont la seule folie consiste à écouter Éric Zemmour. « L’engrenage médiatique le rend fou », diagnostiquait Laurent Ruquier il y a quelques mois, sans doute une façon pour cet homme de gauche de se faire pardonner le temps de parole qu’il a jadis accordé à Zemmour. Le réac est fou mais, lui, pas question de le disculper comme le premier fan de Daesh venu ; ce dingue ultra-populaire, la police de la pensée l’a inculpé et viré d’iTélé !

Certains de ses confrères ont applaudi ce licenciement des deux mains, comme l’Union des écrivains soviétiques saluait hier l’internement d’un ennemi du peuple. Le patron de Mediapart nous a ainsi offert un tweet savoureux : « Mieux vaut tard que jamais. Après avoir banalisé en opinion son délire raciste, certains médias découvrent l’idéologie meurtrière de Zemmour » Certes, il y a des idées qui tuent, mais où sont les charniers du zemmourisme ?

Si notre Premier ministre fait si souvent référence au réprouvé Zemmour, jusqu’à publiquement déconseiller de lire Le Suicide français, si le porte-parole du gouvernement se croit obligé d’exhiber son brassard « de républicain et d’homme de gauche » lorsqu’on l’interpelle sur le limogeage de ce fieffé réac, c’est qu’il y a le feu au lac. Comme l’analyse avec brio le géographe Christophe Guilluy (voir « La gauche divine et ses apostats », pp. 82 -85), la diabolisation fournit des rustines commodes à une gauche multirécidiviste du déni de réel. Pour Manuel Valls, notre pays est en effet un paradis multiculturel parasité par les chantres d’une « vision triste, enfermée sur elle-même, rance, qui n’est pas celle de la France ». Une poignée d’affreux dépressifs pourrit donc la vie idyllique de ses concitoyens avec ses peurs irrationnelles et ses fantasmes nauséabonds. Puisque tout va bien dans le meilleur des mondes, il est curieux que Zemmour suscite une telle panique. C’est à se demander si nos gouvernants n’auraient pas eux aussi besoin d’une bonne rééducation!

Lire la suite