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Des notes et des bottes

Collaboration.

L’an 2012 devrait être décrété « année Stefan Zweig » par l’Unesco ou autre bidule habilité à promouvoir les valeurs universelles. Pourquoi ? Hormis le fait que l’on commémorera, en février, le 70e anniversaire du suicide de Zweig à Petrópolis, au Brésil, cela nous rappellera qu’il est grand temps qu’un géant de notre littérature d’aujourd’hui se penche sur notre « monde d’hier » à nous avant qu’il ne soit complètement submergé.

En prélude à cette année Zweig, on pourra se mettre dans l’ambiance en allant voir au Théâtre des Variétés, à Paris, Collaboration, pièce de théâtre de Ronald Harwood mise en scène par Georges Werler, dont les principaux rôles sont tenus par Michel Aumont (Richard Strauss), Didier Sandre (Stefan Zweig), Christiane Cohendy (Pauline Strauss) et Stéphanie Pasquet (Charlotte Altmann). On ne s’embarrassera pas de circonvolutions ni de chochotteries pour affirmer que tous sont excellents et même plus, et que les petits rôles sont tenus avec le soin et le talent nécessaires.[access capability=”lire_inedits”]

L’argument repose sur l’histoire réelle de la collaboration entre le compositeur allemand Richard Strauss et l’écrivain juif autrichien Stefan Zweig, pour l’écriture d’un opéra, La Femme silencieuse, d’après une comédie de Ben Jonson, dramaturge anglais de la Renaissance.
Cette collaboration se noue en 1931, alors que Strauss vient de perdre son librettiste attitré, Hugo von Hofmannstahl (« Quelle idée a-t-il eu de mourir ! », se lamente-t-il). Les notes de musique se bousculent dans sa tête, à le rendre presque fou : il lui faut absolument une histoire pour transformer ce torrent musical en œuvre lyrique. Producteurs et éditeurs, soucieux de donner les plus grandes chances de succès à ce nouvel opéra de Strauss, organisent la rencontre de ce dernier avec l’écrivain de langue allemande qui est alors le plus connu et le plus apprécié du public, Stefan Zweig. Les deux hommes sont d’ailleurs voisins, Strauss résidant près de Munich, et Zweig à Salzbourg.

En plusieurs tableaux, la pièce retrace l’histoire de cette collaboration et de l’amitié entre les deux artistes de 1931 à 1935, date de la première de La Femme silencieuse à l’opéra de Dresde. Entre ces deux dates, un événement politique relativement important vient s’immiscer dans la vie de ce couple créatif : l’arrivée au pouvoir en Allemagne d’Adolf Hitler et des nazis. Importance relative, au moins pour les deux hommes qui professent un mépris souverain pour tout ce qui n’est pas de l’art et considèrent, au début, tout ce tapage extérieur comme un bruit, un peu gênant, certes, mais qui devrait bientôt se calmer.

Néanmoins, à mesure que l’étau se resserre sur la vie culturelle du IIIe Reich, la relation entre Strauss et Zweig est soumise à des épreuves de plus en plus rudes.
Strauss se croit plus fort que les nazis et pense pouvoir imposer son librettiste juif à Joseph Goebbels, le tout-puissant ministre de la Culture et de la Propagande. Il ira de compromissions en compromissions avec le régime pour protéger Zweig, mais aussi sa belle-fille, marié à un juif allemand.
Pendant ce temps, Zweig, « mauvais juif » de son propre aveu, retrouve le chemin de son peuple persécuté qu’il avait abandonné au nom d’une « européanité » transcendant les appartenances nationales et religieuses. Le texte de Harwood, très bien traduit, permet aux spectateurs non familiers de cette période d’entrer sans difficulté dans cette histoire. La mise en scène et les décors sont ce qu’ils devraient toujours être : discrets, mais efficaces au service du texte et des acteurs, et non pas de l’ego de leurs concepteurs.

Remarque finale et désolée : pourquoi les Anglais sont-ils à peu près les seuls, aujourd’hui, à nous fournir un théâtre et une dramaturgie susceptibles d’offrir au plus grand nombre un bonheur esthétique de qualité ?[/access]

Collaboration, jusqu’au 01/01/2012, Théâtre des Variétés, 7 Boulevard Montmartre 75002 PARIS ; tel : 01 42 33 11 41.

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Octobre 2011 . N°40

Article extrait du Magazine Causeur


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