Statue de Voltaire nu, vue de dos.

Ce qu’on ne peut penser, il faut le nier. Telle est la maxime du Tribunal de la pensée et de ses sbires. Tout ce qu’ils ne comprennent pas parce qu’ils ont peur de le comprendre, ils déploient une énergie considérable à le cacher. Et quand un doigt leur montre la lune, ils s’en prennent avec rage au doigt, puis au détenteur du doigt, réclamant avec force trépignements et criailleries qu’on le fasse taire – ce qui est évidemment un progrès par rapport au bûcher d’antan.

Tout cela, il faut en convenir, n’est pas très neuf : les maîtres-censeurs ont de beaux jours derrière eux. Certains, à l’image de Daeninckx, dont Jérôme Leroy analyse le cas, ont plus de vingt ans de délation dans les pattes. Le retournement qui a vu les gardiens de l’orthodoxie se parer non plus de l’autorité du pouvoir mais de l’aura de la résistance ne date pas non plus d’hier, même si on n’en a pas encore mesuré toutes les effroyables conséquences, en particulier sur l’orwellisation des mots. Après tout, Zemmour – puisque c’est de lui qu’il s’agit − n’est que le dernier en date dans la longue liste de ceux que les détenteurs de la néo-vérité accusent des crimes les plus effroyables. Et contrairement à beaucoup d’autres, il a fait reculer la meute. Notre confrère et ami n’est pas Dreyfus. Mais défendre sa liberté, c’est défendre la nôtre.