Depuis trois jours, Arménie et Azerbaïdjan s’opposent dans la région séparatiste du Haut-Karabakh.


Depuis le petit matin du dimanche 27 septembre, l’Arménie et l’Azerbaïdjan sont engagés dans un conflit militaire d’une envergure sans précédent depuis la fin de la guerre de 1994 entre les deux États.

Contrairement aux incidents meurtriers qui ont eu lieu dans la semaine du 12 juillet dernier dans le secteur de Tovuz, les combats se déroulent aujourd’hui dans trois secteurs autour de la région du Haut-Karabakh, occupée par l’Arménie(1).

Selon les communiqués publiés par les deux états-majors, des échanges de tirs survenus dimanche vers six heurs du matin près de la localité de Terter ont rapidement embrasé ce secteur ainsi que ceux de Fuzuli et Jebrail, plus au sud et à proximité de la frontière iranienne. Toutes ces régions ne font donc pas partie du Haut-Karabakh, mais les forces arméniennes les ont occupées en 1993-1994.

Bakou ne communique pas ses pertes

Les premiers articles parus plus tard dans la presse ont fait état de combats dans le nord de la région occupée, vers la localité de Vardenis et les hauteurs de Mrov. Les forces de la république séparatiste auto proclamée de Karabakh (NKR) ont annoncé la perte de 31 militaires ainsi que de quelques positions et villages repris par les forces azerbaïdjanaises. Les autorités de la NKR annoncent également avoir infligé des pertes en hommes en matérielle à l’armée azerbaïdjanaise. Bakou n’a pas communiqué pour le moment sur les pertes subies par ses forces.

Cet embrasement soudain et inquiétant survient après une longue série de signes de l’exaspération de l’Azerbaïdjan. L’ancienne république soviétique turcophone est dans l’impasse, le processus de paix supposé régler par voie diplomatique un conflit déclenché par l’écroulement de l’URSS s’étant enlisé. La France, co-présidente du Groupe de Minsk – une organisation européenne chargée d’encourager la recherche d’une résolution pacifique négociée entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan – a ainsi été sollicitée de nombreuses fois par Bakou dans un effort de raviver l’option diplomatique. Hikmet Hajiyev, le conseiller diplomatique du président azerbaïdjanais Ilham Aliyev, en a discuté avec ses interlocuteurs français lors de sa visite à Paris en début d’année. L’invitation adressée au président Macron de se rendre à Bakou est restée aussi sans réponse.

L’Azerbaïdjan perd patience

Certes, la France n’est pas responsable du pourrissement de la situation, mais la position de Paris est un exemple de l’approche inattentive aux attentes de l’Azerbaïdjan des autres pays du groupe de Minsk, et de la communauté internationale en général. À Bakou les diplomates sont las des réactions du genre « vous avez raison mais il faut être patient ». L’Azerbaïdjan ne dispose pas d’une diaspora capable, à l’instar de l’Arménie, de mobiliser les médias et la classe politique des différents pays clé.

Plutôt que de chercher qui a tiré le premier dimanche matin, ne confondons pas une solidarité légitime avec les victimes et les rescapés du génocide arménien perpétré par la Turquie (qui soutient l’Azerbaïdjan contre l’Arménie) avec un conflit territorial post-soviétique vieux de trente ans et qui n’a rien avoir avec l’immense tragédie de 1915. Le dénouement pacifique du conflit qui démarre ne mettra en aucune manière péril l’État-nation arménien, son indépendance et sa prospérité. Il faut également se débarrasser de nos préjugés contre les « tatars musulmans » ennemis héréditaires des Chrétiens dans le Caucase. Ce qui a été fait en Azerbaïdjan depuis son indépendance en 1992 est la démonstration du contraire, à commencer par les excellentes relations avec le voisin du Nord, la Géorgie.

47 ans après la guerre de Kippour, ce qui se passe au Caucase de Sud y ressemble étrangement. Une impasse diplomatique pousse un des belligérants à prendre les armes non pas pour anéantir son ennemi mais pour l’obliger à négocier une paix juste et le transformer en allié. Dommage qu’autant d’israéliens et d’Égyptiens sont morts pour permettre aux deux ennemis de faire la paix, quelques années après. Retenons cette leçon si chèrement apprise. La source de la plaie purulente du Caucase du Sud est une injustice reconnue par la quasi-intégralité des États de la planète. C’est donc à cette injustice qu’il faut s’adresser avant que le poison ne se répande ailleurs.

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