Les tests matchs entre le XV tricolore et les autres nations phares de l’ovalie de l’hémisphère Sud ont repris le mois dernier mais voilà qu’après le vote du mariage gay, ce sport de voyous joué par des gentlemen prend des airs nouveaux.

Pour s’en persuader, il suffisait de tomber sur la page de Libé, dans son édition du mercredi 13 novembre 2013, entièrement consacrée à la réédition en poche du livre d’Anne Saouter : Être rugby, jeux du masculin et du féminin.

Portée par sa ferveur « gay friendly » et son militantisme « butlérien », Libé s’est réjoui de sa mise à jour. Treize ans après sa première parution, bien des luttes contre l’homophobie et l’hétérocratie ont été remportées. Alors vous comprenez bien qu’un sport de combat aussi viril que le rugby doit passer sous les fourches caudines de la saine dévirilisation de la société.

Pour les lecteurs qui avaient manqué l’événement de sa parution, Libé nous rappelle la petite histoire : ce docteur en anthropologie sociale et ethnologie avait donc choisi de plaquer sa grille de lecture néo-freudienne sur les placages des rugbymen pour que ces plaqueurs plaqués et ces plaqués plaqueurs cessent de se planquer dans leurs placards à tabous et fassent enfin leur bienheureux et émancipateur coming out.

Pour mener avec sérieux cette étude, l’anthropologue avait entrepris de s’aventurer dans le Sud-ouest, terre sacrée de l’ovalie mais surtout percluse de traditions (à comprendre comme de dangereux préjugés), s’immergeant pendant cinq ans dans les clubs et surtout dans les vestiaires des joueurs, pour lever le voile sur « la dimension homo-érotique » qui se cacherait sous « la mêlée des corps mêlés ».

On apprenait que derrière « la puissance, l’honneur, le courage »,  autant de valeurs scandaleusement guerrières et viriles, alimentant un idéal de masculinité castrateur, se dissimulait en réalité une « sensualité partagée entre hommes ».

À croire que pour Mme Saouter, un sport aussi viril, c’est louche, qu’aimer encaisser des coups, construire collectivement un essai, faire vivre le ballon n’a qu’une seule symbolique, celle de l’homosexualité. On est bien loin de la métaphore politique pourtant manifeste dans le geste contre-nature de vouloir passer la balle en arrière pour aller en avant qui symboliserait le sacrifice des pulsions naturelles, égoïstes  et automatiques sur l’autel de la coexistence pacifique des individus dans une même société.

Nous voilà donc rassurés : ces violents placages seraient de belles petites culbutes, la brutalité des impacts de rudes étreintes, les longues et tranchantes passes en arrière de multiples incitations à être pris par derrière, ces mêlées puissantes et cohésives des partouzes géantes, la célèbre troisième mi-temps où la bière coule à flot un bizutage scato dignes des pires week-ends d’inté organisés par des marketeux cuités et obsédés; et les beaux bébés du calendrier aux bras musclés, aux tablettes de chocolat saillantes, des corps bodybuildés dignes d’être élus icônes gay.

Et vlan ! Tant pis pour ces belles qui craquent pour Morgan Parra ou Michalak. Elles se consoleront en montant un fougueux étalon et soigneront ainsi leur déviance hétérophile par un orgasme zoophilique.

Mais peut-être Mme Saouter s’est-elle déjà penchée sur la question et enquête-t-elle sur l’intimité partagée entre les cavaliers et leurs montures, les tours de pédales des cyclistes enfourchant leurs vélos, les perchistes et leurs perches-membres en érection, ou encore les jouissifs va-et-vient des avirons. Affaire à suivre.

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