« Qu’il n’y a pas de réchauffement climatique » pourrait être le titre d’une des antiennes les plus chères aux néo-réacs. Toute personne s’inquiétant de la montée des eaux, de la disparition des glaciers, des gros bouts de banquise qui se font la malle, des pics de pollution, des tempêtes tropicales toujours plus fréquentes, toujours plus violentes, de la perspective prochaine de guerres de l’eau, est traitée de « réchauffiste ».
Les réchauffistes, par une mystérieuse alchimie idéologique, sont très vite assimilés aux partisans du mariage pour tous, de la régularisation des sans-papiers, de l’appropriation collective des moyens de productions, du goulag, voire aux antisémites complotistes comme le laisserait entendre le titre de la dernière brève de l’ami Marc.

Que les plus grandes nations du monde aient jugé bon de se réunir pour parler de ce problème ne change semble-t-il rien à la donne. Des dizaines, que dis-je des centaines de dirigeants sont tous des imbéciles manipulés par des incompétents malintentionnés du GIEC. Et les scientifiques qui s’opposent à cette thèse du réchauffement sont bien évidemment des dissidents persécutés par la bien-pensance, et les pays qui claquent la porte d’une conférence internationale pour des raisons tactiques de géopolitique régionale, sont des avant-gardes éclairées qui ont compris avant tous ces écolos bêtas que forcément tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes et que notre mode de développement hérité de la révolution industrielle ne pose pas le moindre problème.

Toujours plus de centrales nucléaires dont on sait que les déchets sont de plus en plus encombrants, toujours plus d’utilisation des énergies fossiles même si elles sont polluantes, même si elles s’épuisent….
De toute façon, s’il n’y a plus de pétrole, il y aura du gaz de schiste. Et ceux qui s’opposent à cette énergie dont on estime qu’elle durera moins d’un siècle sont d’affreux rétrogrades. Une subtile campagne de presse nous explique déjà, après le rapport Gallois, que les USA, par exemple, qui ne sont pas signataires de Kyoto car eux sont intelligents, vont bientôt être indépendants du pétrole saoudien grâce à ce fameux gaz de schiste. Alors pourquoi pas nous, hein, on vous le demande ? C’est très polluant ? Et alors ? La réponse est simple, laissons faire le marché ! Son génie intrinsèque, sa mystérieuse main invisible, ses belles harmonies spontanées, sa grandeur prométhéenne nous permettront de trouver des méthodes nouvelles pour l’exploiter. Et quand il n’y aura plus de gaz de schiste ? Eh bien, on trouvera autre chose. Comme dans ce roman de Romain Gary, Charge d’âmes, où l’écrivain imagine en 1977, en plein choc pétrolier, que l’âme des morts devient un extraordinaire carburant de substitution. Mais de grâce, encore une fois, laissons faire, laissons passer !

Bon, si on arrêtait de se mentir ? Les adversaires de la thèse du réchauffement climatique sont avant tout ceux, idéologiquement, qui ont intérêt à ce que perdure le capitalisme et le mode de production qu’il suppose. Une exploitation infinie d’une planète finie et un court-termisme à la fois terrifiant et stupéfiant. Terrifiant par l’égoïsme prédateur qu’il sous-entend et stupéfiant car ce sont les mêmes qui culpabilisent le moindre assuré social en lui parlant de la dette qu’il va laisser à ses enfants qui veulent ignorer absolument l’environnement qu’ils vont lui laisser, à ce môme.

Et ce, en continuant à se comporter avec la nature aujourd’hui comme ils le faisaient hier : en la traitant comme une force hostile qu’il s’agit de dominer pour assurer la survie de l’humanité et non comme l’organisme exténué qu’elle est. Je ne sais pas si le réchauffement climatique est réel ou pas, s’il est dû à l’activité humaine ou pas. Néanmoins, j’ai le droit d’être troublé quand les services secrets des USA, ce pays archétype de l’optimisme marchand, publient un rapport il y a quelque jours sur le monde en 2030 en indiquant qu’il faudra prendre un compte « les sécheresses consécutives au réchauffement climatique ». Réchauffement climatique, qui évidemment, n’existe pas…

Alors, comme cela arrive souvent, c’est chez Marx, qui a vanté la force révolutionnaire du premier capitalisme mais qui sait aussi penser la contradiction, que les limites de ce rapport de l’homme à la nature sont pensées avec une précision prophétique : « L’homme vit de la nature signifie : la nature est son corps avec lequel il doit maintenir un processus constant pour ne pas mourir. Dire que la vie physique et intellectuelle de l’homme est indissolublement liée à la nature ne signifie pas autre chose sinon que la nature est indissolublement liée avec elle-même, car l’homme est une partie de la nature.»

Une partie de la nature, donc. Pas son propriétaire, et encore moins son bourreau avide.

*Photo : drurydrama (Len Radin).

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Jérôme Leroy
Ecrivain et rédacteur en chef culture de Causeur.Dernier roman publié: Un peu tard dans la saison (La Table Ronde, 2017). Prix Rive Gauche