« Une chose est sûre : 2015 a été une année pourrie. Pas à cause du 6 décembre, mais à cause du 7 janvier et du 13 novembre. » Notre patronne n’y va pas par quatre chemins pour vous souhaiter une bonne année 2016 ! Des attentats de janvier à ceux de novembre, l’année n’a en effet pas été avare en mauvaises surprises. Et la consécration du FN – sur lequel se sont portées 9 millions de voix aux élections régionales de décembre, en faisant désormais officiellement le premier parti de France –  n’est donc pas la pire…

Côté camp du bien, « il a vite été clair qu’on réussirait encore à ne pas comprendre grand-chose », euphémise Elisabeth Lévy. Le Front républicain, « autre nom de l’UMPS », a permis d’annoncer dès le 13 décembre que pas une région ne tomberait aux mains du parti de Marine Le Pen. Problème : pour le géographe hétérodoxe Christophe Guilluy, « se dire antifasciste permet de se déguiser en résistant, tout en souhaitant la perpétuation du système ». Et tout continue donc plus que jamais comme avant. D’après lui, « les politiques ne bougent pas car ils restent prisonniers du dogme sans-frontiériste, sur l’immigration comme en économie ».

De l’autre côté (obscur, celui-ci), Jacques de Guillebon nous livre « deux ou trois choses » qu’il sait de Marion Maréchal Le Pen, candidate FN en PACA, et « la dimension sacrificielle de son engagement public ». L’économiste hétérodoxe Jacques Sapir affirme pour sa part que « certaines positions sociétales du FN lui aliènent les votes de nombreux Français », comme l’islam de France ou l’avortement. Pendant ce temps, Olivier Malnuit dresse le portrait d’un François Hollande en « dictateur normal », qui « n’a jamais été vraiment socialiste, ni très attaché à l’exercice de la démocratie »…

Résultat ? « La France se rebiffe ! », comme le proclame notre couverture. Et Jean-Pierre Chevènement, qui voit dans la réaction populaire aux attaques terroristes le signe d’un mouvement historique, l’explique par un changement d’ère : « Nous sommes sortis de l’époque libérale-libertaire » qui s’est ouverte en mai 68 et la mort de ses mythologies ouvre enfin un espace tangible à un patriotisme fédérateur. Des soubresauts d’un islam « réformiste », repérés par Daoud Boughezala, à l’orientation sécuritaire qui ne se heurte plus qu’à notre légendaire lourdeur administrative, on peut se prendre à rêver comme notre directrice de la rédaction que 2016 soit « l’année du sursaut ». En effet, ose-t-elle encore, « de nombreux signes laissent penser que l’année écoulée a ranimé l’envie, et peut-être la volonté, de refaire une collectivité ».

En attendant, conséquences des attentats du 13 novembre, l’islam de France découvre péniblement l’autocritique tandis que l’Amérique assume de plus en plus son rejet de l’islam. Pourtant, Farid Abdelkrim, qui a été proche des Frères musulmans et membre de l’UOIF, l’affirme sans détours dans nos colonnes : « L’islamophobie n’existe pas ! »

Il ne faudrait pas pour autant, en ce début d’année, perdre de vue la culture. Roland Jaccard vous offre donc ses souvenirs de Michel Foucault, « libertaire [qui] fusionnait avec le libéral ». Et Pierre Lamalattie vous raconte ce qu’il reste de Picasso, soit « un art de jouissance et de liberté ». Patrick Mandon, lui, vous convaincra d’aller visiter l’exposition du génie de la photo Lucien Clergue, au Grand Palais, et Jérôme Leroy de lire la réédition de La France de Jean Yanne par le sniper littéraire inclassable Dominique de Roux.

Bonne lecture, et bonne année !

*Photo : Eric Feferberg.

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Pascal Bories
est journaliste.est journaliste.
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