Theresa May et Boris Johnson à Londres, novembre 2016. SIPA. REX40463627_000005

Bien avant que son discours très médiatisé éclaire sa politique, Theresa May avait déjà envoyé un signal fort de la nouvelle orientation britannique. Sa gestion de l’initiative française pour relancer les négociations entre Israéliens et Palestiniens est l’expression parfaite de la nouvelle orientation de son gouvernement : rapprocher ces deux peuples, l’américain et le britannique, séparés par une langue commune mais aussi par l’appartenance de Londres à l’Union Européenne.

Le premier acte a eu lieu le 29 décembre. Le monde se préparait à accueillir 2017 quand le Premier ministre anglais, Theresa May, a surpris avec une réaction très dure de la  déclaration du secrétaire d’Etat américain. A John Kerry qui, en marge de l’adoption de la résolution 2334 de l’ONU sur la colonisation israélienne, venait de reprocher au gouvernement Netanyahu de « céder aux forces les plus extrémistes de sa coalition », qualifiée de « plus droitière de l’histoire d’Israël »,  la locataire du 10 Downing Street avait sèchement fait déclarer à l’un de ses porte-parole : « Nous ne pensons pas qu’il soit très à-propos d’attaquer la composition du gouvernement démocratiquement élu d’un allié ». 

Boris Johnson n’est pas venu à la conférence de Paris

Ceux qui, sur l’instant, n’ont pas compris ont dû attendre dimanche dernier, jour de la conférence de Paris pour la paix au Moyen Orient pour y voir plus clair : le Royaume Uni largue les amarres, Theresa May a choisi son camp.

Pas moyen de le comprendre autrement : Theresa May, aidée de Boris Johnson, ont tout fait pour aider la conférence de Paris à se saborder pour frustrer les Français et embarrasser l’Union européenne. La photo de fin de bal est éloquente : François Hollande, Jean-Marc Ayrault, Harlem Désir ou John Kerry, elle est faite d’hommes sur le départ et d’une femme-spectre, Domenica Mogherini, la cheffe de la diplomatie européenne. Jouez à « où est Charlie » autant que vous voulez… vous ne trouverez pas la mèche blonde de l’ancien maire de Londres. La raison en est simple : le ministre des Affaires étrangères de Sa Majesté est resté chez lui. Il n’a même été remplacé par l’ambassadeur à Paris. Theresa May s’est contenté de mettre dans l’Eurostar M. Michael Howells, chef de la section Moyen Orient du Foreign Office, accompagnés par deux conseillers de l’ambassadeur. Ce sont ces trois diplomates subalternes qui ont eu le privilège de serrer les mains des quelques 36 ministres des Affaires étrangères. Et si les représentants britanniques n’ont pas signé le document final de la conférence pour la paix, ce n’est pas faute de stylo… « Nous avons des réserves particulières sur une conférence internationale censée faire avancer la paix entre deux parties sans que ces dernières soient présentes », a éclairé, dès le lendemain, un communiqué du Foreign Office, fustigeant cette réunion organisée « contre la volonté des Israéliens ».

La photo de cloture de la conférence de Paris, janvier 2017. SIPA. AP22000063_000031

Pour couronner le tout, le gouvernement britannique a empêché le conseil des ministres européens des affaires étrangères, réuni le lendemain à la demande de la France de transformer la déclaration, qui a conclu la conférence de Paris, en position officielle de l’UE.

Le canal de l’Atlantique

Tout cela est d’autant plus étonnant qu’il y a trois semaines, le même gouvernement avait voté la résolution de l’ONU réclamant l’arrêt de la colonisation israélienne dans les Territoires palestiniens. Mais depuis, Theresa May a choisi. L’Amérique du futur et non celle du passé. Celle qui prête serment aujourd’hui et qui soutient – pour le moment par tweets – Israël.

Ceux qui y cherchent une nouvelle politique moyen-orientale se trompent très probablement. Ce n’est pas un soudain amour pour Netanyahu qui peut expliquer ce changement radical. Il ne s’agit pas non plus pour le gouvernement britannique de célébrer le centenaire de la déclaration Balfour (novembre 2017) par un petit cadeau à un Premier ministre israélien qui n’est pas insensible, paraît-il, à ce genre de petites attentions.

L’affaire de la conférence de Paris a moins à voir avec le petit bassin à remous méditerranéen qu’avec l’Océan qui sépare la Grande-Bretagne des Etats-Unis. Si la géographie a ses lois, la géopolitique en a d’autres. Sa tectonique des plaques élargit chaque jour un peu plus le canal de la Manche.