Les réactions médiatiques et politiques exprimées à la lecture des résultats du référendum sur l’appartenance du Royaume-Uni à l’Union européenne inquiètent pour trois raisons.

Alors que l’euroscepticisme monte dans toute l’Europe, médias et politiques euro-optimistes découvrent soudain que l’un des peuples les plus distants par rapport à l’actuelle stratégie européenne peut les rejeter. Preuve de l’aveuglement dans les cercles de l’esprit et du pouvoir. Un aveuglement inquiétant quant à la capacité de ses membres à construire l’avenir.

Dès le résultat connu, une campagne de dénigrement a pris de l’ampleur : pétitions pour demander un nouveau vote, analyses « objectives » expliquant le vote négatif par « la xénophobie, la haine » des électeurs, déclarations sur ces circonscriptions de « petits blancs » qui ont voté « leave », etc. Une campagne qui joue très imprudemment sur les clivages forts qui traversent tous les pays européens sans exception et qui, si un terme n’y est pas mis au plus tôt, fera plus de mal que le Brexit lui-même.

Pour ne pas être en reste, des dirigeants politiques haussent le ton pour demander une sortie « immédiate », ne voulant pas « donner l’impression d’une Europe molle ». Un sursaut d’autorité à bon compte pour ceux qui ont traité avec le président turc, qui ont déversé des milliards d’euros pour sauver la Grèce. Mais il s’agissait alors de valoriser leurs egos de « sauveurs de l’Europe » avec de l’argent public. Aujourd’hui, il s’agit de faire taire les « egos » pour sauver l’Europe, et là, cela coûte cher pour leur amour-propre !

Alors au lieu de la rancœur, exprimons de la grandeur, car il s’agit de sauver, pour les générations futures, le projet de l’Europe.

Des dirigeants de l’Union européenne et des différents pays membres qui commencent leurs réunions ce lundi, les peuples européens attendent qu’ils tracent, enfin, une identité et un destin pour l’Europe et non qu’ils infligent une punition à des amis inquiets. Il s’agirait donc de dire :

  • – Le Royaume-Uni, pays souverain, pouvait légitimement consulter sa population, mais la légalité nous enjoint d’attendre la dénonciation des traités par le gouvernement britannique (article 50 du traité Lisbonne). Nous comprenons que cela ne puisse se faire dans la hâte sans provoquer encore plus de dégâts entre nous ;
  • – Nous sommes en effet convaincus de la nécessité de « faire l’Europe » car il s’agit d’un projet vital pour les peuples. Pour réussir ce projet, nous devons, de notre côté, comprendre si le rejet exprimé au Royaume-Uni, et qui se manifeste dans d’autres pays, porte sur l’objectif d’union, sur son contenu ou sur la stratégie pour atteindre cette union ? Trois thématiques interconnectées mais différentes ;
  • – Nous comprenons que, s’il y a urgence absolue, elle n’est pas dans la sortie du Royaume-Uni, mais dans une critique honnête et sans concession du projet européen afin que les peuples y adhérent. Car, s’il ne s’agissait que de créer un grand marché, alors le projet initial de la Communauté économique européenne suffisait ;
  • – Mais les évolutions du monde imposent clairement de produire plus de coopération entre États partageant les mêmes valeurs, mais avons-nous choisi les bonnes solutions ?
  • – Les cris des peuples laissent à penser que non. Adaptons notre stratégie pour construire l’Europe de demain dans laquelle chaque peuple sera heureux de partager avec ses voisins européens, sans avoir d’angoisse sur les surprises que pourraient leur réserver des politiques centralisées, déconnectées du monde réel.

S’il n’y a pas cette déclaration publique de la volonté de se livrer d’abord à une critique sans concession, afin de construire une Europe des Nations, donc des peuples, et s’il n’est pas mis fin à cette campagne de dénigrement des eurosceptiques, alors toutes les promesses pour « réécrire les traités », « faire plus de… », « faire moins de… » ne feront qu’amplifier la défiance et accentuer la profonde plaie qui balafre l’Europe de l’Algarve au comté du Viru-Est. Une plaie ouverte exposée à toutes les infections, dont la rancœur et la vengeance contre les « mal-votants » ne sont pas les plus bénignes.

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