Ah, le chœur des vierges ! L’Angleterre a voté non. What a surprise ! Les journalistes s’émeuvent, les boursiers aussi, les marchés s’affolent, les fonctionnaires bruxellois s’agitent. Autant de gens dont nous n’avons cure.

L’Ecosse pourrait bien en profiter pour devenir indépendante et enterrer enfin Edouard le Confesseur, la Suède envisage déjà un référendum (pas la France : nous, nous ne sommes démocrates que lorsque ça arrange Goldman Sachs), les bourses asiatiques, réveillées en temps réel, s’effondrent. Ciel, mon vendredi !

Plus européen que moi, tu meurs. Mais pas l’Europe que nous ont concoctée les grands argentiers et les banquiers — une pure Europe financière, conçue pour que les riches soient plus riches et les pauvres plus pauvres, parce qu’il faut bien prendre l’argent quelque part. Pas l’Europe d’Angela Merkel — « la chancelière », dit François Hollande, sans même rajouter « allemande », tant il a fait allégeance dans sa tête — et de Wolfgang Schaüble. Pas l’Europe de Maastricht refusée par les Français et imposée aux Français. Et aux autres.

Non : les Etats-Unis d’Europe de Hugo, une confédération de nations unies par une vision politique, et non par des intérêts financiers. Une Europe qui accueillerait les Grecs parce qu’ils ont inventé la démocratie, et qu’ils sont la source de notre culture, bien avant le christianisme — et qui ne les rejetterait pas sous prétexte que leurs politiciens se sont fait rouler dans la farine par… Goldman Sachs. Une Europe qui entendrait ce que racontent Krugman ou Stiglitz à qui veut les lire — que l’on ne sort de la récession que par la relance, pas par des économies de bouts de chandelles. Une Europe qui saurait célébrer Shakespeare ou Dickens, et pas seulement les états d’âme de la « City ». Et Cervantès, et Racine, et Goethe, et Dante. Une Europe de la culture, une Europe qui serait forte de toutes ses langues, au lieu de s’aplatir devant le globish parlé par d’obscurs bureaucrates à Bruxelles ou Strasbourg. Une Europe qui remplacerait lesdits bureaucrates par des hommes d’Etat, parce que c’est d’une vision que nous avons besoin, pas d’un euro fort ou faible — et nous ne serons forts ou faibles que selon notre vision, et pas selon des critères boursiers.

I have a dream… En attendant, champagne !

PS : J’emprunte le titre de cette chronique et l’iconographie de départ au Sun d’aujourd’hui 24 juin. L’un des effets collatéraux du Brexit est que le Sun ne pèsera plus sur les décisions européennes, et, avec un peu de chance, dira moins systématiquement du mal des Frogs que nous sommes. Que du bonheur !

>>> Retrouvez en cliquant ici l’ensemble de nos articles consacrés au Brexit.

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Jean-Paul Brighelli
enseignant et essayiste français.Il anime le blog "Bonnet d'âne" hébergé par Causeur.