(DR)

Le bruit de la foule retentit. Les fans attendent leur star. Marianne Lane, la légende du rock s’apprête à monter sur scène. C’est sur un immense concert en plein air que Luca Guadagnino a préféré lancer son remake de La Piscine, le célèbre film de Jacques Deray porté par le couple mythique Alain Delon et Romy Schneider. Grâce à une mise en scène sensuelle qui a fait la réussite de son précédent film, Amore, à un jeu d’acteurs remarquable,  à une bande-son rock bouillonnante d’énergie, le réalisateur italien redonne vie au scénario dramatique du triangle amoureux, orageux et venimeux. Guadadigno donne le ton dès les premières scènes et fait comprendre que sa version sera bien la sienne, imprégnée par son style fait de nervosité émotionnelle.

Ralph Fiennes méconnaissable

On y découvre une star du rock qui, devenue aphone, laisse ses tenues paillettes au vestiaire, efface son maquillage argenté, troque son look excentrique à la Annie Lenox, la chanteuse charismatique d’Eurythmics, pour le style plus calme, plus stable, plus simple et beaucoup plus sain d’une petite virée au soleil, loin de la scène et loin du monde, avec Paul, son compagnon et réalisateur, joué par le beau Matthias Schoenaerts. Et c’est dans une somptueuse villa sur l’île sicilienne de Pantelleria que se prélasse la lady du rock, magnifiquement interprétée par l’actrice écossaise au physique atypique qui fascine par son allure de liane, Tilda Swinton. Mais lorsque débarquent Harry, producteur de musique complètement déjanté et ancien amant de Marianne – joué par un Ralph Fiennes méconnaissable avec sa barbe de rocker et son jeu survolté – et sa fille, Pénélope, pimbêche aguicheuse un peu sadique sur les bords, incarnée par l’étoile montante du cinéma hollywoodien, Dakota Johnson, la belle et silencieuse sérénité vole en éclat. L’harmonie pulvérisée par l’éclaboussure du désir. Splash !

Tout peut basculer

Comme dans Amore, Luca Guadagnino rend sensible, à travers l’alternance de plusieurs plans en plongée et en contre-plongée, ce point de tension où la situation peut à tout moment basculer et dégénérer. C’est la montée d’une émotion irrépressible qui est à deux doigts d’exploser qui intéresse Luca Guadagnino. Dans Amore, c’est la naissance de la passion amoureuse et le tumulte interne qu’elle provoque chez l’épouse d’un riche industriel milanais qui s’éprend d’un jeune cuisinier. Dans A Bigger Splash, c’est cette intrusion du désir sexuel et de la confrontation qu’elle engendre chez ces quatre personnages qui se regardent à travers leurs lunettes de soleil dont les verres ne sont pas autres choses que des miroirs du désir. Mais au-delà de la confrontation des envies, Luca Guadagnino met également en scène l’affrontement de deux visions du monde qui s’opposent. Un style de vie « rock’n’roll », dérangé, subversif, impétueux contre celui d’une vie rangée et conservatrice. La scène où Harry se déhanche comme un beau diable sur le  célèbre morceau « Jump into the fire » de Harry Nilsson dans l’espoir de secouer la léthargie de Marianne et Paul est révélatrice de cette dichotomie.

L’air vibre à mesure que le son monte et sature l’atmosphère, le rythme de son pouls se met à battre à l’unisson des percussions, une délicieuse sensation électrique remonte le long de sa colonne vertébrale, le corps se remplit d’une euphorie explosive. Harry vit encore dans les années 70 comme Marianne, l’autre personnalité rock du film. Cette fureur de vivre agressive et transgressive, elle l’a également vécue pleinement et intensément, enchainant concerts frénétiques et after sous acide.

Mais voilà la star du rock aphone est passée à autre chose de plus protecteur et rassurant. Elle est désormais avec Paul l’homme qui l’aime, qui lui donne ses cachets qui soignent. Harry, lui, lui donnait ceux qui font halluciner. Ce n’est évidemment pas un hasard si le film porte un titre qui résonne comme un des meilleurs tubes des Stones ou des Doors. Luca Guadagnino rappelle que le rock’n’roll, plus qu’une forme musicale, est avant tout une attitude, une façon de vivre sa vie à l’encontre de toute stabilité normée, repoussant les limites trop conservatrices jusqu’à l’excès, indifférent aux conséquences qui peuvent s’avérer fatales. On y  mesure l’écart avec notre époque…

A Bigger Splash, en salle depuis le 6 avril.

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