Le 12 septembre, le président Barroso prononcera, à 9h du matin, un discours sur l’état de l’Union. Dit comme ça, hors contexte, on aurait l’impression qu’après Obama, un président latino élu à la Maison Blanche ira se livrer à cet exercice rituel et annuel devant le Congrès à Washington. Le problème est que le président en question est José Manuel Barroso, qu’il est portugais, et ancien maoïste. On le sait, les ex-maos, comme Serge July, l’ancien patron de Libé, sont devenus les meilleurs fourriers et même les zélotes les plus accomplis de l’orthodoxie libérale, mettant la même rigueur dialectique et la même intolérance méthodique à vouloir la fin des vieilles nations qu’au temps de la Révolution Culturelle.

Le problème, c’est que si Barroso est président de quelque chose, c’est de la Commission Européenne et qu’il n’a été élu par personne. Et l’Union dont il est question n’est pas celle des états américains mais l’Union Européenne qui, à ma connaissance, n’est pas (encore) une fédération, ni même une confédération. Et devant qui va-t-il prononcer ce discours ? Au parlement européen à Strasbourg, un organisme croupion devant lequel Barroso et ses commissaires ne sont comptables de rien et ne risquent aucune motion de censure. Bref, dans cette façon de formuler les choses, on voit vers quel modèle fantasmatique ce mimétisme étasunien voudrait nous amener tout en s’épargnant, dans le même temps, les risques du suffrage universel, les peuples étant toujours un peu… populistes et incapables de comprendre ce qui est bon pour eux.

Mais ne soyons pas mauvaise langue, Barroso sait aussi écouter : dès le 19 septembre à 19h00, il répondra aux questions des citoyens sur l’état de l’Union, dans le cadre d’une interview en direct réalisée par Euronews au moyen de la technologie vidéo Google+ Hangout. C’est trop bien, non ? On dirait Athènes retrouvée, le siècle de Périclès version2.0. On ne doute pas que Barroso saura écouter les internautes qui tous, comme lui, auront de justes revendications : plus d’austérité et encore plus de réformes structurelles pour arriver à l’horizon radieux du libéralisme réel.

On a de la chance, finalement. Barroso nous parle. Barroso nous écoute. Barroso nous regarde.
Barroso nous aime.

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