Richard Millet a voulu commettre un crime, littéraire s’entend, avec son éloge de Breivik. Hélas, comme Nietzsche l’a souvent observé, il ne s’est pas montré à la hauteur de son crime, adoptant un profil bas dans les media, la forme même de lâcheté qu’il ne cesse de reprocher aux Français.

On a pu le voir à la télévision s’excuser au nom des victimes de Breivik, acquiescer aux propos décalés d’Edgar Morin sur l’agro-alimentaire et insister sur le fait que ses propos étaient littéraires, rien que littéraires. Donc insignifiants, sinon pour lui, du moins pour ceux qui lui prêtaient une oreille distraite. Dans un élan inattendu de sa part, il a même remercié l’animateur d’une émission de télévision de n’avoir pas introduit dans le débat son rôle d’éditeur chez Gallimard. C’est ce que désignait jadis l’expression latine de « captatio benevolentiae ». Rarement un auteur en aura autant usé.

Bref, là où l’on attendait le sniper de Beyrouth, on s’est retrouvé face à un écrivain presque gêné d’avoir jeté un pavé dans la mare du conformisme ambiant. Donnant raison à Stendhal qu’il a mis en exergue de son essai : «  La démocratie amène nécessairement dans la littérature le règne des gens médiocres, raisonnables, bornés et plats… « . Ses essais nous ont réjoui en donnant le change. Sa conduite d’enfant s’excusant d’avoir mis le doigt dans le pot à confiture nous a chagriné. N’est pas Landru qui veut.

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