Sur le plateau de Ce soir ou jamais, mardi dernier, les invités de Taddeï se sont essayés à la philosophie pour gagner un peu de hauteur par rapport à cette campagne dont tous ont convenu qu’elle était bien loin des attentes et des enjeux du moment.

Certains ont plané sur leurs petits nuages narcissiques ramenant le débat à leur propre personne parlant de leur « Petite Poucette », de leur sage vieillesse et de leur pauvreté fantasmée alors que d’autres sont bien vite retombés dans la lourdeur des préjugés.

On ne peut pas dire qu’Alexandre Lacroix, le rédac chef de Philosophie Magazine, soit allé dans la légèreté en nous balançant sa dichotomie facile et hâtive entre l’anthropologie politique de la gauche et celle de la droite, faisant de François Hollande un doucereux disciple de Rousseau et de Nicolas Sarkozy, un hobbesien belliqueux et despotique.

On a eu le droit à l’histoire du loup et de l’agneau, du bon, de la brute et du truand, du candidat qui croit à la bonté naturelle de l’homme contre celui qui pense que l’homme naît mauvais et qu’il est voué à entretenir une concurrence mortelle avec ses semblables. Efficacité idéologique oblige, Alexandre Lacroix a préféré utiliser la différence anthropologique entre ces deux auteurs pour mieux masquer leur proximité au niveau de la théorie politique.

En effet, cette mise en scène de l’opposition dogmatique a en réalité donné raison à l’excellent Mathieu Laine, héritier isolé de Montesquieu et de Tocqueville qui ne cesse de prêcher dans le désert de l’interventionnisme généralisé l’inexistence de la pensée humaniste libérale en France, puisque ni l’auteur du Contrat social ni l’auteur du Léviathan n’ont pensé la nature d’une société libre et responsable.

Au contraire, Hobbes et Rousseau ont théorisé un contrat social qui unit les hommes dans l’assujettissement à une souveraineté une et indivisible, qui fabrique le citoyen en le forgeant selon l’image du modèle de la volonté générale, qui divise le corps social entre ceux qui décident de ce que doit être l’intérêt général de la nation, et ceux qui obéissent en combattant leurs intérêts particuliers susceptibles de nuire au bien-être général.

Mathieu Laine était bien seul ce soir-là à défendre l’esprit de liberté qui insuffle cette envie d’agir et d’entreprendre ensemble, cet enthousiasme créateur que l’on sent vivant dans les rues de New York, de Londres ou de Hong Kong. Oui il était bien seul à démontrer que c’est finalement par le libre développement et l’amélioration de soi, pratiqués par chaque citoyen, que la société a le plus de chance de progresser.

Toutefois, il peut remercier ses contradicteurs d’avoir avancé leurs théories éculées et liberticides puisqu’ils n’ont fait que prouver la vérité de son propos : le libéralisme n’existe pas en France. En sortant du plateau, Mathieu Laine a très certainement dû se rappeler, avec un petit pincement au cœur, le constat toujours aussi flagrant de Tocqueville : « Il n’est rien de plus fécond que l’art d’être libre, mais il n’est rien de plus dur que l’apprentissage de la liberté. »

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