La rentrée piaffe d’impatience, toute désireuse qu’elle est de nous asséner ses mouvements sociaux, ses régimes miracles, ses familles populaires gavés d’électronique qui rechignent pour un cahier à spirales à deux euros… ses diésélistes soulagés par les six centimes de Mosco-veni-vidi-vici, sa « guerre des chefs à l’UMP » sans oublier son rituel tsunami automnal de romans inspirés, la fameuse « rentrée littéraire ».

Qui dit « rentrée littéraire » dit « Clochemerle »: le scandale annuel qui embrase tout le périmètre délimité par la rue du Bac, le boulevard Raspail, la rue de Vaugirard, le Boulevard Saint-Michel et enfin les quais de Seine. Cette année la pissotière, c’est Richard Millet qui en hérite. Sa faute ? Un éloge littéraire d’Anders Breivik, mais ça, vous le savez déjà, on ne parle que de cela entre les Armstrong morts et vivants, les cartables et les Roms. Il n’en est pas à son coup d’essai le monstre, il en remet une couche, histoire d’embarrasser son employeur, en l’occurrence Gallimard, à qui il a fait gagner des sommes rondelettes en découvrant des bêtes à Goncourt, notamment Jonathan Littell, couronné en 2006 pour Les Bienveillantes et Alexis Jenni, lauréat l’an dernier.

N’allez surtout pas y voir une quelconque manifestation de jalousie professionnelle, n’empêche, entre Le Select et Les Deux Magots, se court un sprint pire qu’aux JO. S’y tirent la bourre des auteurs plus ou moins pourvus ou dénués de talent et de notoriété. Outsider ou favori, il faut à tout prix être le premier à agonir Millet, l’islamophobe, le provocateur, le raciste, naturellement coupable sans qu’il soit besoin d’ouvrir d’enquête, puisqu’il ne prétend même pas être de gauche.

À l’arrivée, que penser de tout ce raffut ? Le coup éditorial de Pierre-Guillaume de Roux est habile, voire un rien pervers, digne de son illustre père. Les hypothèses et les conclusions de Millet sont hautement contestables, comme tout ce qui s’écrit ici-bas, hormis peut-être l’annuaire du téléphone. Et les vociférations des censeurs et des cuistres sont hilarantes, comme toujours, surtout vues de ma Transbochie mosellane : quel beau chœur des pleureuses qui va de Ben Jelloun ex-thuriféraire officiel de notre ami le roi tortionnaire Hassan II à Laclavetine, éternel obscur de l’écurie Gallimard. Ce dernier, bel exploit, ose la nuance : tout en traitant le Richard de crétin ignoble, il défend, du haut de son talent méconnu, la liberté d’expression de son prochain: « Il y a toujours eu chez Gallimard des gens discutables sur le plan des idées, c’est déplaisant mais c’est son droit »

Laclavetine est trop bon. Mais outre qu’il a le même prénom que Le Pen père – c’est déjà suspect – j’aimerais beaucoup qu’il m’explique ce que sont des « gens discutables sur le plan des idées » : il y aurait donc des idées indiscutables et des individus ad hoc ? Jésus, Stéphane Hessel, Yannick Noah, Drieu La Rochelle récemment momifié en Pléiade Gallimard sans que ni Tahar ni Jean-Marie ne s’étranglent ?…

Pour finir, et vous trouverez, tout seul, j’en suis sûr, le rapport avec le schmilblick (Liban, Syrie et tutti quanti) un bout de texte d’un gars terriblement discutable sur le plan des idées, Curzio Malaparte : « La peste était dans leur pitié, dans leur désir même d’aider ce peuple malheureux, de soulager ses misères, de le secourir dans sa terrible disgrâce. Le mal se cachait dans leur propre main, dans cette main fraternellement tendue à ce peuple vaincu[1. La Peau, traduction de René Novella. Denoël éditeur / Gallimard Folio.]».

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