Le libraire bruxellois Marc Filipson a souhaité réagir à la brève de notre ami Patrick Mandon parue le 15 septembre dans nos colonnes sous le titre : « Affaire Millet : Marc Filipson, un vaillant censeur belge ».
Même si son point de vue ne nous convainc guère, même si ce texte est loin, comme l’espère son auteur de « mettre fin à la polémique », même si son appel à l’interdit professionnel nous fait, pour reprendre ses termes « froid dans le dos », ces désaccords sont exprimés en termes très courtois, c’est donc bien volontiers que nous lui donnons la parole. Pour nous, le droit au débat entre gens civilisés est un et indivisible.

La rédaction

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Bruxelles, le 17 septembre 2012

Le 11 septembre 2012 Marc Filipson, patron des librairies Filigranes à Bruxelles, publiait ce communiqué sur la page Facebook de sa librairie :

« Nous avons toujours été partisans de la liberté d’expression. Mis à part les ouvrages négationnistes, rares sont les références qui se sont vu refuser les rayons des librairies Filigranes. Ce matin j’ai ordonné le renvoi de toutes les copies de l’ouvrage de Richard Millet « Langue fantôme suivi d’Éloge littéraire d’Anders Breivik ».

Nous nous portons en faux contre les thèses qui y sont développées. Nous saluons, à l’instar de dizaines d’auteurs, l’article de l’écrivaine Annie Ernaux dans Le Monde qui dénonce, notamment, « …des propos qui exsudent le mépris de l’humanité et font l’apologie de la violence au prétexte d’examiner, sous le seul angle de leur beauté littéraire, les « actes » de celui qui a tué froidement, en 2011, 77 personnes en Norvège »

L’idée que Richard Millet est toujours éditeur chez Gallimard me fait froid dans le dos.

La publication de ce message a suscité des centaines de soutiens positifs ainsi que des dizaines de critiques. Nous remercions les nombreux clients, partenaires et auteurs qui ont cautionné notre démarche. Pour mettre fin à la polémique, la librairie Filigranes souhaite apporter quelques précisions :

1) La décision annoncée sur la page Facebook expliquait que l’ouvrage, reçu automatiquement via le mécanisme de « l’office », était renvoyé à l’éditeur pour ne pas le cautionner et lui faire subir toute mise en avant. Le livre reste disponible en téléchargement sur la plateforme numérique de Filigranes http://filigranes.epagine.fr/ ainsi que sur commande.

2) Il s’avère, rétrospectivement, que l’annonce publique du retrait a provoqué le résultat inverse de celui escompté. En soutenant les auteurs signataires de l’article d’Annie Ernaux dans Le Monde nous accordions à cet ouvrage une publicité superflue. Nous aurions dû simplement le retirer de la vente sans communication particulière.

3) En tant que librairies indépendantes, nous réclamons le droit de proposer à la vente les livres que nous souhaitons. Nous proposons à ce jour plus de 180.000 références dans notre magasin de l’avenue des Arts. Comme explicité, nous ne refusons aucune commande d’ouvrage pour autant qu’il soit disponible chez l’un de nos fournisseurs.

4) La dénomination de « censeur », utilisée par certain organe de presse et autres commentateurs est inappropriée. Nous n’interdisons pas la vente de cet ouvrage. Nous avons tout bonnement décidé de ne pas l’exposer dans nos rayons. Cela fait partie des privilèges, voire des obligations, de tout libraire qui veut exercer son métier en toute indépendance.

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