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Rentrée des médias: et le PAF devint ZAD

La chronique médias de Didier Desrimais


Rentrée des médias: et le PAF devint ZAD
La bande d'humoristes de Guillaume Meurice, "La dernière" sur Radio Nova.

La rentrée médiatique démarre sur les chapeaux de roues et nous promet de bien belles choses d’ici aux prochaines élections. Alors que la militante néoféministe Adèle Haenel suscite le malaise en faisant la tournée des plateaux pour son livre Viser juste, les journalistes des robinets d’info en continu, les humoristes de France Inter ou de Radio Nova et l’éditorialiste Patrick Cohen se pensent en ordre de bataille pour la présidentielle… Mais, une petite musique s’installe dans toutes les rédactions progressistes qui condidèrent leurs médias comme des zones à défendre: et si le pluralisme était le nouveau synonyme de fascisme ?


Quentin Lafay a été la plume de l’ex-ministre de la Santé Marisol Touraine, puis celle d’Emmanuel Macron, avant d’être recruté, fin 2019, par France Culture. Il anime dorénavant, avec Eva Roque, qui écrit également pour Libération, la matinale du week-end sur France Inter. La Société des journalistes (SDJ) et les rédacteurs de France Inter n’ont pas protesté contre l’arrivée de ce jeune macroniste qui se qualifie lui-même de « socialiste tempéré ».

Ce matin du 4 septembre, Quentin Lafay recevait notre effrayant et belliciste ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot. Celui-ci s’est dit « assez affligé » de voir Xénia Fedorova, expulsée du territoire français par ses soins, invitée à continuer de s’exprimer dans les médias Bolloré. La labellisation des chaînes d’info et des radios, si elle n’est pas encore officielle, est déjà inscrite dans l’esprit de M. Barrot. Sont autorisés : 1) BFMTV, propriété du richissime armateur Rodolphe Saadé présenté comme proche du président Macron ; 2 ) France Inter, radio progressiste affublée de valeurs républicaines au-dessus de tout soupçon et spécialisée dans la construction de barrages républicains, de fronts antifascistes et de cordons sanitaires tout ce qu’il y a de plus pluralistes ; 3 ) France Info, idem ; 4 ) LCI, chaîne d’info va-t-en-guerre où se relaient des experts géopolitiques et militaires et où l’invité permanent Thierry Breton ajoute une touche originale de pluralisme en insistant tout particulièrement sur la nécessité de contrôler les médias et les réseaux sociaux. Quant à CNews et Europe 1, placés sous la surveillance assidue de M. Barrot, de l’Arcom, de Conspiracy Watch, de Nathalie Loiseau, de Thierry Breton, de Patrick Cohen et de Libération, il semblerait que leur labellisation soit loin d’être acquise. 

Progressisme : ça sent le Sapin     

Pluralisme. Selon l’institut Thomas-More, sur les 73 chroniqueurs officiant sur France Inter, 67 sont classés à gauche. Tout allait donc bien jusqu’au jour où le journaliste Charles Sapin a été engagé par la radio pour une chronique dominicale d’à peine trois minutes. Aussitôt, la Société des journalistes (SDJ) a menacé de se mettre en grève. Il faut dire que Charles Sapin est passé par Le Point et Le Figaro avant de devenir le directeur adjoint de la rédaction de Valeurs actuelles. C’est grave, c’est très grave ! Vade retro satanas ! « France Inter continue sa descente idéologique vers les enfers », dixit L’Humanité. Heureusement, affirme le journal communiste, un humoriste dénommé Jessé a « évoqué avec talent » la triste décision de la direction de France Inter en suggérant la future présence de « néo-nazis » dans les studios de la Maison ronde. Et hop ! un petit point Godwin, ça manquait…

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Le député lfiste François Piquemal.

Gags et facéties se succèdent sur la radio publique. Ameziane, énième humoriste france-intérien, a comparé la tête du député RN Jean-Philippe Tanguy à celle d’un « rat qui se serait transformé en humain mais dont la mutation aurait été stoppée à 80 % ». Les chroniqueurs et les journalistes dans le studio ont ri de bon cœur. Il y a eu une petite polémique, vite étouffée dans l’œuf. Merwane Benlazar, autre comique de France Inter, a pris la défense de son collègue humoriste en expliquant qu’il ne fallait reculer devant aucune blague pouvant « perturber les fachos ». Interrogé sur Sud Radio, le député LFI François Piquemal considère de son côté que « c’est de l’humour » et que « cela fait partie de la liberté d’expression ». Il faut savoir que M. Piquemal est un aficionado de Radio Nova, qu’il défend et fréquente régulièrement. L’humour outrancièrement graveleux et ordurier ne lui fait donc pas peur. Ameziane semble par ailleurs avoir toutes les qualités requises pour finir un jour là où ont échoué Guillaume Meurice, Pierre-Emmanuel Barré et Aymeric Lompret, ex-trublions de France Inter. Cela dit, pourquoi changer de boutique ? L’humour france-intérien ressemble de plus en plus souvent aux bouffonneries sordides de la radio pigassienne.

On n’est pas bien, entre couilles ?

Sur Radio Nova, justement, la rentrée préfigure une saison chatoyante. La bande de Guillaume Meurice, de retour sur les ondes, a en effet reçu Victoire Tuaillon. Ce nom ne vous dit rien ? Victoire Tuaillon, après des études à Sciences Po, a opportunément créé en 2017 un podcast sur « les masculinités » au titre tranchant: Les Couilles sur la table. « La question des masculinités, quelque part, c’est comme celle de la blanchité : c’est interroger notre regard sur le monde en prenant conscience que ce regard n’est pas neutre. Le monde est si androcentré qu’on ne réalise pas forcément qu’on pense d’un point de vue masculin », déclara-t-elle alors aux Inrocks, quelques semaines avant de recevoir toute la fine fleur de l’intelligentsia gauchiste et woke, de Virginie Despentes à Alice Coffin, d’Édouard Louis à Paul B. Preciado, de Rokhaya Diallo à Éric Fassin. Sur Radio Nova, Mme Tuaillon a enfilé les perles et les lieux communs du déconstructivisme et du wokisme sur le patriarcat, la « culture du viol » et le masculinisme, et n’a pas eu de mots assez durs pour l’Éducation nationale et « ses professeurs eux-mêmes pétris d’une culture sexiste et raciste » – là, j’avoue, il fallait oser. Mais il y a mieux. Le pompon, c’est quand Victoire Tuaillon explique pour quelle raison elle a accepté, il y a maintenant deux ans, de confronter ses idées sur l’amour à celles de Noémie Halioua dans l’émission Répliques d’Alain Finkielkraut : « J’y suis allée parce que, en fait, France Culture, c’est une radio qui est payée par nos impôts, par l’argent public, donc je ne vois pas pourquoi on laisserait des espaces à l’extrême droite. » Le problème, c’est que les seuls qui lui ont reproché d’être allée se colleter avec « l’extrême droite » sur la radio publique sont justement ceux qui partagent ses opinions. Il fut rappelé dans ces colonnes[1] les remarques acerbes que subit Victoire Tuaillon après cette émission, remarques qui vinrent de son propre camp – l’ultra-gauche et Libération en tête qui lui reprocha, outre une photo forcément compromettante avec ce « réactionnaire raciste et misogyne » d’Alain Finkielkraut, sa blanchité et son hétérosexualité. Les wokistes sont tellement bêtes que c’est un bonheur de les voir s’automutiler et s’entredéchirer en utilisant leurs propres machettes idéologiques.


Islamo-gauchisme : ta carrière n’est pas morte, Adèle!

Le 3 septembre, sur Radio Nova toujours, Azzeddine Ahmed-Chaouch et Emma Razafimahefa recevaient l’ex-actrice Adèle Haenel. Un grand moment de néant ! Le regard vide, la voix monocorde, la militante d’extrême gauche a ânonné pendant trente minutes des lambeaux de phrases desquels émergèrent dans le plus grand désordre les expressions les plus plates et les plus convenues des lexiques insoumis et wokes. À la question de savoir ce qu’elle attend pour 2027, Adèle Haenel répond : « Franchement, j’espère que Mélenchon y sera élu, quoi, ça c’est clair ! Parce que ce sera le début de la lutte, ça c’est clair ! » Ce sera la plus brillante intervention de la militante insoumise. Sur les réseaux sociaux, de nombreux internautes ont exprimé leur inquiétude et reproché aux deux journalistes de ne pas avoir abrégé la souffrance de leur invitée, ainsi que celle des auditeurs, en arrêtant net un entretien pénible faisant ressortir l’état de délabrement intellectuel de cette militante d’extrême gauche visiblement au bout du rouleau.

Carte blanche pour idées rouges : Adèle Haenel le 9 septembre sur le plateau de France 5. La direction de France TV a préféré supprimer la vidéo en replay où la militante évoquait la Palestine, estimant l’absence de contradiction pendant la séquence problématique. Capture.

Retour à France Inter. La station compte à ce jour 27 humoristes qui sont en réalité 27 militants politiques sortant tous du même moule woke, gauchiste et écologiste – ce qui amoindrit inévitablement la portée drolatique de leurs interventions. Sous le regard énamouré de Daniel Morin et les rires automatiques de ses comparses, Fiona Gianilla, la dernière et jeune recrue de la radio publique, a récemment amusé la galerie en avouant adorer pleurer dans l’avion : « Pleurer dans l’avion, c’est incroyable ! J’aime trop ça ! J’aime autant ça que les gens âgés aiment fixer les gens trans ! » Ce n’est pas drôle, mais cela permet de montrer tout à la fois sa détestation des vieux supposément réactionnaires et forcément transphobes, son adhésion aux revendications de la communauté LGBTiste et, donc, son appartenance au camp du bien. Quelques secondes plus tard, Mme Gianilla expliquera avoir des remords parce qu’elle prend régulièrement l’avion et que « ça pollue ». Mais, ajoutera-t-elle aussitôt, « pour l’environnement j’ai déjà fait ma part : j’ai avorté. » Ce n’est toujours pas drôle, mais cela permet cette fois de montrer son allégeance à l’écologie punitive et au féminisme le plus sinistre. Mme Gianilla confirme que les mauvais sketchs des humoristes france-intériens n’ont pas pour objectif de faire rire l’auditoire mais celui de lui faire la morale et de lui enseigner le catéchisme woke. Dans le studio, gloussements de connivence et ricanements mécaniques sont autant de signes de reconnaissance entre initiés et autres évangélisateurs du camp du bien. Faut vous dire, Monsieur, que chez ces gens-là, on ne rit pas, Monsieur, on ne rit pas – on prêche.

La révolte du résistant Sylvain Bourmeau

Sylvain Bourmeau.

Sylvain Bourmeau, ancien journaliste et directeur adjoint de Libération, a officié pendant vingt-sept ans sur France Culture, radio dont la direction a décidé de ne pas reconduire son émission La Suite dans les idées. Son dernier livre, paru aux éditions d’extrême gauche La Découverte, s’intitule Ils ne sont pas d’extrême droite, ils font l’extrême droite. Qui sont ces affreux « ils » qui font le lit des fachos ? Tous les médias, d’après Bourmeau, et en particulier Le Monde et… France Culture ! La thèse tient en une phrase : le pluralisme n’est qu’un confusionnisme au service du fascisme. C’est une thèse très à la mode en ce moment. M. Bourmeau l’étire et la pétrit jusqu’à mécontenter Libération qui pense que son laborieux ouvrage est « un brin excessif et donneur de leçon ». Faut dire que… selon M. Bourmeau, trop d’opinions contradictoires et une trop faible adhésion aux programmes progressistes créent de la confusion et alimentent une cacophonie politique qui profite à l’extrême droite. Ainsi reproche-t-il à France Culture d’avoir invité Renaud Camus à plusieurs reprises il y a… quinze ans, et au Monde de n’avoir pas suffisamment soutenu le Nouveau Front populaire lors des législatives de 2024. M. Bourmeau semble partager avec M. de Lagasnerie l’idée selon laquelle le débat médiatique ne peut finalement que légitimer les idées réactionnaires. Le mieux serait donc d’éviter le débat, source de « confusion méthodiquement recherchée pour faire en sorte que les gens n’aient plus de repères », surtout les repères socialistes ou écologistes : le camarade Bourmov, comme l’appelle malicieusement l’écrivain Pierre Jourde, évoque en tremblant le temps où des « médias organisaient des débats entre scientifiques et climatosceptiques avec le sentiment sincère de bien faire leur travail ». Heureusement, ce temps est révolu. Toutefois, regrette M. Bourmeau sur France Inter, dans l’émission Zoom Zoom Zen de Matthieu Noël qui ne pouvait manquer de faire la publicité de cet ouvrage indispensable pour comprendre les fourberies réactionnaires, il y a encore des débats sur « le concept de “grand remplacement”, alors que tous les scientifiques s’accordent pour dire que c’est n’importe quoi, que cela ne correspond à aucune réalité observable ». Avertissement : la langue utilisée par M. Bourmeau pour écrire sa brochure relève du registre galimatias conceptuel, registre qui permet de noyer le poisson idéologique et d’occulter le véritable propos de l’auteur, propos que nous pouvons résumer ainsi : le pluralisme, c’est mieux quand il n’y a qu’une seule idéologie à la manœuvre, quand on débat uniquement entre gens de gauche culturellement au-dessus de la plèbe réactionnaire et qu’on peut ainsi développer les raisonnements les plus totalitaires sous couvert de défendre la démocratie, le progrès, l’égalité et toutes ces sortes de choses. M. Bourmeau ne supporte pas de voir le magistère moral de la gauche s’étioler. Il en éprouve une certaine aigreur ; il est parfois difficile de se confronter à la réalité. D’où, peut-être, la nécessité de s’évader et de se réfugier dans l’écriture. Un de ses anciens et facétieux camarades de France Culture lui aurait à ce propos suggéré un autre titre pour son essai : La Fuite dans les idées. Oh ! le vilain.

A lire aussi, éditorial: Liberté, liberté cherra

Dernières nouvelles de France Inter. 10 septembre 2026. L’éditorial politique de Patrick Cohen confirme l’analyse et les craintes de Charles Rojzman exprimées dans ces colonnes[2]. Le journaliste qui, on s’en souvient, avait minimisé les faits et inversé l’accusation de racisme pour l’affaire de Crépol, s’est jeté sur celle de Carcassonne comme un goinfre sur une pâtisserie dégoulinante. Il faut dire qu’il attendait ça depuis longtemps. Un enregistrement dans lequel les policiers municipaux d’une mairie dirigée par le RN vomissent toute leur bile raciste, misogyne et homophobe, quelle aubaine ! De là à essentialiser le personnel politique et les électeurs du RN, il n’y avait qu’un pas que Patrick Cohen n’a pas hésité à franchir. Dans un « pays qui s’apprête à voter à l’extrême droite », l’éditorialiste tire la sonnette d’alarme : « Combien sont-ils à se nourrir de haine et à partager leurs remugles, tranquillement, une fois les portes fermées et les volets clos ? » Cet enregistrement décrit, selon lui, un « écosystème idéologique dont il est difficile de croire à la marginalité » et qui alimente « la violence, la stigmatisation, la polarisation, le mépris de l’autre, la déshumanisation, le rejet de toute différence, tout ce qui dégueule sur les réseaux sociaux et se répand sur certains écrans de chaîne info (devinez laquelle !)». À huit mois des élections présidentielles, l’éditorialiste est content de lui : il a construit, pense-t-il sûrement, de solides fondations au barrage républicain qu’il appelle d’ores et déjà de ses vœux. Patrick Cohen croit-il vraiment que c’est en les rabaissant et en les insultant, que les millions d’électeurs s’apprêtant à voter pour Marine Le Pen vont retourner au bercail, dans le giron d’une caste politico-médiatique qui les méprise et les a conduits, eux et leur pays, à la ruine ? S’il le pense réellement, il est de notre devoir de lui dire qu’il se met le micro dans l’œil…

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[1] Sur le site de Causeur : Pierre Cormary, Il faut sauver la soldate Tuaillon, 7 mars 2024.

[2] Sur le site de Causeur : L’Affaire de Carcassonne et le mensonge antiraciste, 10 sept. 2026.



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Amateur de livres et de musique. Dernier ouvrage paru : Les Gobeurs ne se reposent jamais (éditions Ovadia, avril 2022).

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